Paris-Brest-Paris: un rêve de petite fille devient réalité

Séverine a réalisé son rêve de petite fille sur la route du Paris-Brest-Paris. Derrière le bonheur et l’émotion: un rendez-vous déjà pris pour 2019!

Rien ne sert de courir…

Chéri a pris l’habitude de venir me rechercher sur les brevets à 20 km de l’arrivée, peut-être que c’est son idée. Avec Geneviève peut-être aussi. Après tout, le temps n’est pas tout. L’important c’est de rentrer dans les délais et si en plus je peux finir avec Chéri et Copine, c’est encore mieux! Et puis papa et maman pourront dormir un peu plus longtemps. Allez d’accord, je vais prendre mon temps… mais pas question de dormir, j’ai pris des vitamines, ça ne va pas le faire. Je suis bien trop énervée pour trouver le sommeil.

Je repars donc de Mortagne en mode « je suis heureuse d’être là et j’en profite ». Je gravis les côtes jusqu’à Longny au Perche tranquillou. J’ai trouvé un petit Monsieur un peu fatigué avec qui faire causette. Je lui raconte mon parcours, je m’amuse de la tête des gens lorsque je leur dis que je n’avais jamais dépassé 230 km avant mon 300 du mois d’avril. Je m’aperçois aussi que, par rapport à beaucoup, je n’ai que très peu de bobos. Ma jambe droite me fait mal mais grâce au massage de Jean-Marc et aux Advil, je tiens le coup.

Je retrouve également une américaine avec qui nous n’avons fait que nous croiser depuis hier. C’est rigolo, je baragouine comme je peux avec mon anglais moyen mais je m’en sors. Je crois que je n’ai d’ailleurs jamais autant parlé anglais que sur ce Paris-Brest. J’ai même dû faire des progrès! À un moment donné, il y a même un type qui s’approche de moi et qui m’interpelle: « Do you speak French? ». « Oh oui, plutôt pas mal et je préfère d’ailleurs!! ». Ah ah, nous sommes dans un monde parallèle où tout le monde essaye de s’exprimer dans la langue de Shakespeare!! Il faut dire que les Français sont en minorité et que du coup, cela fait plus ou moins 4 jours que ça parle anglais dans le peloton.

Senonches. Encore un ravito improvisé! Je fais une pause. Pas mal de cyclos s’y sont arrêtés. Ça discute, ça prend son temps, on sent que l’écurie est proche. Je préviens Jean-Marc et Cécile qu’ils peuvent repousser l’heure du réveil, je me suis arrêtée une bonne demi-heure… Personne n’ayant l’air bien pressé de repartir, je me remets en selle seule. Grossière erreur. L’euphorie est passée et je m’ennuie toute seule dans la nuit noire. Je finirais même par mettre la fonction radio de mon téléphone en marche pour avoir un peu de musique…

Dreux au petit matin

3h55. Je pointe à Dreux. Un petit coup de fil à Chéri plein d’émotion, pour le prévenir qu’il peut se mettre en route. Bizarre ça résonne… J’ai l’impression qu’il n’est pas à la maison… Je commence à questionner Cécile qui me répond qu’ils doivent se rejoindre à l’endroit où il est garé… « Tu sais déjà où il est garé ? », Que se trame-t-il? J’avais raison, ils doivent être en train de me préparer une surprise

Je flâne sur le contrôle. Je suis surprise de découvrir tous les « cadavres » (désolée, je n’ai pas de termes plus appropriés) étalés à même le sol. Encore une bonne raison d’être fière de moi. Je ne suis pas dans cet état-là. Je croise Fabien et sa drôle de machine accompagné de son père, mais aussi Eric, un gars de mon club parti le dimanche matin en autonomie. On discute 5 mn et il faut bien se résoudre à reprendre la route.

Le tracé ne nous épargne pas, c’est que ça monte pour sortir de Dreux! Je sais qu’il me reste aussi la côte de Gambaiseuil à négocier. Il paraît que beaucoup mettent pied à terre… Manquerait plus ça! La levée du jour me pose à nouveau problème. J’ai envie de dormir… Bon sang Sev, mais ce n’est pas le moment! Plus que 60 kms et ton rêve de petite fille sera réalité! Mon cerveau n’a pas l’air d’accord… Lui ce qu’il veut c’est dormir… Je m’arrête sur le bord de la route. Je dois absolument retrouver de l’influx.

Je téléphone à Chéri qui est censé être en voiture! Au son, j’entends bien qu’il ne roule pas. À force de le questionner, il me lâche le morceau. Il est revenu dès hier soir pour accueillir Geneviève à son arrivée et dors dans la voiture. Ils auraient dû venir à ma rencontre mais il pleut. Du coup, pas de surprise. Il m’attend à l’arrivée avec mes parents. Ah voilà, j’avais bien deviné!!

Ça sent la fin!

Je reprends mon petit bonhomme de chemin en mode contemplatif! Re-pause pour prendre le téléphone et voir où en sont les filles d’Angers. D’après leur heure de pointage, elles doivent avoir redormi et être derrière moi. Gambaiseuil, je passe à l’arrache mais je passe! Je suis fière de moi pour une fois!! Une dernière pause pipi et ce sera l’arrivée! Le ciel est bien gris mais rien ne pourrait gâcher mon bonheur.

Les filles arrivent enfin! Génial, nous allons terminer ensemble. C’est un beau clin d’œil. Parties et arrivées ensemble. Une belle boucle de bouclée. La dernière montée est bien longue. Heureusement que Chéri m’avait dit que ça ne montait plus. Nous n’avons décidément pas la même perception des choses!

10 km avant l’arrivée, la pluie fait son apparition. Tant pis, je ne sors pas l’imper. L’essentiel maintenant est de ne pas tomber. Je le répète inlassablement: « Attention, pas de chute!! Attention pas de chute!! ». Les motards de l’ANEC, nos anges gardiens, stoppent les voitures aux différents croisements et ronds-points. C’est vraiment gentil à eux. C’est rassurant de les voir veiller sur nous ainsi. Ils abattent un sacré boulot.

Nous pénétrons enfin dans la base de loisir. Il tombe des cordes. L’endroit est désert. J’avais bien été conseillée de rentrer de jour! C’est vrai que ça change tout!! J’en rigole!! Ah, ah, de nuit, au moins, je n’aurais pas vu qu’il n’y avait personne. Enfin, j’aperçois papa qui s’est isolé pour nous avoir arriver. Il est trempé. Je suis en larmes. Quel bonheur! Comme dirait Odile, ça s’arrose un Paris-Brest! Ma vue se brouille, le chemin est sablonneux, attention à la chute! Surtout ne pas tomber…

La ligne d’arrivée

9h01. Nous franchissons, avec Odile et Lydie, la ligne d’arrivée. Tout pile poil 87h30 après avoir démarré! Je ne me rappelle plus très bien de comment se sont déroulées les choses mais les larmes de bonheur coulent sur les joues et la fierté brillent dans nos yeux. On l’a fait notre Paris-Brest. J’ai réussi mon rêve de petite fille!! Waouh, je n’ai jamais été aussi heureuse!

Après avoir rendu ma puce et mon carnet de route, je n’ai qu’une hâte: filer à la douche parce que ce n’est pas le tout mais qu’est-ce que je sens mauvais. 87h30 d’effort sans douche même avec toilette au gant et changement de maillot, ça laisse des traces ou plutôt des odeurs!!!

Un grand grand merci à Cécile et Jean-Marc pour leur dévouement et leur investissement à mes côtés. Sans eux, l’aventure n’aurait pas été la même… Nous avons formé une bien belle équipe tous les 3.

Un énorme merci bien sûr à Chéri sans qui je n’aurais bien évidemment pas pris le départ. Il m’a mise sur un vélo il y a 2 ans et depuis n’a jamais cessé de me soutenir, de m’encourager mais aussi parfois de me gronder. Jamais il n’a douté de mes capacités à réussir. On forme un sacré duo tous les 2, c’est certain.

Je ne peux pas terminer sans parler de mes parents. Mon Nanard avec qui je me disputais tous les 4 ans au retour de Paris-Brest quand je le lui disais que je voulais le faire la fois suivante. Je crois qu’il a eu peur pour moi toute l’année en se disant que sa fille était folle avec le peu d’expérience qu’elle avait. Et bien non, je ne suis pas complètement farfelue, j’ai réussi et j’en suis fière. J’ai vu aussi cette fierté dans tes yeux à l’arrivée mon papa.

Maman, toi, tu m’as toujours encouragée et soutenue. Tu y as cru et tu as eu raison. Merci beaucoup.

Un clin d’oeil aussi à mes deux p’tits gars. Ils ont vu leur maman pédaler aux 4 coins de la France toute l’année et ils sont fiers. Ce qu’ils veulent maintenant, c’est voir la médaille…. À vrai dire moi aussi!!!

Un bisou à tous mes ami(e)s, papas, tontons, grands frères, mentors, bref, vous vous reconnaitrez. Cette saison a été riche grâce à votre présence. Sans ami, la vie n’est rien et tout ce que l’on a pu partager ensemble compte vraiment énormément. Ce n’est qu’un début mais quel début. Je n’aurais jamais imaginé tout cela au mois de Janvier…. Vivement 2019!!

Avec sa saga « Paris-Brest-Paris: un rêve de petite fille devient réalité », Ellesfontduvelo vous invite à suivre l’incroyable défi sportif de Séverine Devolder sur le Paris-Brest-Paris. Un parcours de 1200 km à vélo en moins de 90 heures, un rêve de petite fille qui est devenu réalité.

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