Pauline Ferrand-Prévot est de retour

La carrière de Pauline Ferrand-Prévot est à elle seule un résumé de l’esprit du sport. Si le sport conduit à l’épanouissement par la volonté de repousser les limites, il nécessite également de mettre en équilibre le corps et l’esprit.

Nous entamons une série d’articles portant sur les cyclistes de la catégorie femmes. Connues, moins connues, inconnues, leurs expériences nous aident à mieux comprendre ce que peut être le cyclisme au féminin.

La rédaction remercie Laurent Defrancq pour la rédaction de cet article.

Pauline Ferrand-Prévot est de retour.

Pauline Ferrand-Prévot a fait du VTT sa priorité pour cette année 2017. Elle y retrouve du plaisir après une saison 2016 chaotique marquée par des blessures et par un niveau de saturation important. L’enchainement d’incidents (chute et crevaison) aux récents championnats d’Europe cross-country le 30 juillet 2017 n’a pas entamé son moral puisqu’elle prend la seconde place de la manche canadienne de la coupe du monde à mont Sainte-Anne. Son titre de championne de France VTT, ses courses lors des différentes manches de la coupe du monde VTT et sa 16e place au sommet du col de l’Izoard à l’occasion de « la course by le Tour » le 20 juillet 2017 sont autant d’indicateurs sur la qualité de son état de forme.

Un palmarès éloquent

Il est vrai qu’elle avait placé la barre bien haute dès son plus jeune âge: championne de France mimines-cadettes sur route à 13 ans, championne du monde juniors cross-country 2009 et 2010, championne du monde juniors sur route en 2010 également. Elle est la première française à intégrer une équipe professionnelle aux Pays-Bas. Elle réussit son passage en séniors où elle remporte, en 2014 et 2015 trois titres mondiaux:

  1. sur route,
  2. en cyclo-cross,
  3. en cross-country

Relisez l’article « un vélo d’or pas si doré » de Catherine Marsal à ce sujet.

Pauline Ferrand-Prévot, un modèle

Sans sombrer dans la béatitude, cet ensemble de titres force l’admiration. Pourtant, comme elle se plait à le rappeler, son parcours doit permettre d’ouvrir la voie aux nombreuses cyclistes féminines. Effectivement, si elle doit être un modèle, qu’il serve à comprendre ce qui lui permet d’être aussi performante, qu’il serve à d’autres cyclistes à atteindre, comme elle, le très haut niveau.

Pauline Ferrand-Prévot, une travailleuse acharnée.

On ne saurait oublier que la génétique porte une grande part dans la performance en endurance et dans la capacité à supporter un entrainement intensif. Certes, Pauline Ferrand-Prévot doit avoir des aptitudes aérobies de très haut niveau. Mais, comme elle le raconte, par un travail acharné, elle a appris à dominer ses aptitudes, à les développer, à les maintenir et à savoir y recourir en situation de course. En somme, il ne suffit pas d’être doué, encore faut-il savoir maîtriser voire dépasser les aptitudes naturelles.

Du plaisir avant tout.

VTT, course sur route, cyclo-cross et contre-la-montre, Pauline Ferrand-Prévot n’est pas seulement polyvalente, elle prend du plaisir dans la diversité des pratiques. Il y a derrière cet éclectisme, une source de motivation pour éviter l’ennui des programmes d’entrainement souvent répétitifs. Une carrière de sportif est suffisamment exigeante pour s’enfermer dans des routines paralysantes. Il faut être capable de créer du plaisir, de le renouveler sans cesse. Le cyclisme offre ce genre de possibilités. Son essence réside dans l’ouverture au monde, la confrontation avec la nature et, par là même, la connaissance de soi.

Développer les aptitudes

La polyvalence n’est pas la cause directe des succès de Pauline Ferrand-Prévot. Ce sont plutôt les aptitudes diverses qu’elle développe dans chaque discipline qui contribuent à sa réussite. Par exemple, en cross-country, il faut être capable de partir vite pour être le plus vite correctement placé avant de parvenir aux sections plus étroites du parcours, il faut être capable de maintenir une intensité importante sans se mettre dans le « rouge », il faut être capable de faire varier les intensités tout en s’assurant d’une récupération de qualité à d’autres moments. Tous ces efforts se font en « solitaire » car l’effet peloton est quasiment inexistant dans les épreuves VTT. La capacité aérobie doit être développée ; il faut habituer le corps à ces changements d’intensité. C’est ainsi qu’elle décrit sa victoire à la Flèche Wallonne : une arrivée en bas du mur dans le dernier groupe et résister le plus longtemps possible au rythme imposé par la pente. Le transfert des aptitudes acquises en cross-country est tout naturel.

Savoir récupérer et apprendre de son expérience

L’échec est toujours présent, pas comme une menace, mais comme un guide qui sert à ajuster l’effort du sportif.

En 2015, elle enchaine les blessures… et les désillusions. Fragilités musculaires, fatigue générale, pression, surentrainement. Cet épisode peut nous aider à comprendre trois choses. Préparation et récupération vont de paire. La montée en charge, le passage au haut niveau exige d’adapter le corps à des charges d’entrainement de plus en plus importantes et, par conséquent, d’être attentif à la qualité des temps de récupération. Il faut savoir modérer son activité. Le jeune sportif peut être entrainé dans une spirale de la performance, certains l’appelle « l’heure magique » ; il convient alors de le freiner. La dernière leçon que nous offre l’expérience de Pauline Ferrand-Prévot, la plus importante peut-être, ce qu’elle est en train de vivre actuellement, la « renaissance ». Sans cesse le sportif est confronté aux limites, à la recherche d’un équilibre entre la performance et son potentiel physique. L’échec est toujours présent, pas comme une menace, mais comme un guide qui sert à ajuster l’effort du sportif.

Hier, le 6/08/2017, Pauline Ferrand-Prévot a chuté. Demain elle reviendra encore plus forte. Forte d’avoir dépassée ses désillusions.

Crédit photo: paulineferrandprevot.com


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