melissa pritchard

Melissa Pritchard a remporté le classement féminin de l’édition 2017 de la course en solitaire et sans assistance « The Transcontinental Race»: 4200km en 13 jours et 1h29.

Melissa Pritchard a remporté The Transcontinantal Race, classement féminin

Dans la nuit du 11 août 2017, Melissa Pritchard a remporté le classement féminin de l’édition 2017 de la course en solitaire et sans assistance  « The Transcontinental Race », TCR. Elle a ainsi succédé à Emily Chappell, aux termes de 4200km en 13 jours et 1h29. L’intranquille, comme l’a surnommé Alain Puiseux dans un portrait paru dans le numéro 13 du magazine 200, plus que par sa performance, a marqué les esprits (le mien en tout cas) par son enthousiasme et son bonheur communicatifs d’être sur son vélo, comme s’il était le prolongement de son corps et de son esprit.

Melissa Pritchard, inspirante et modeste

Je suis entrée en contact avec Mélissa il y a 3 ans, alors que je préparais ma traversée du Canada à vélo. Elle, revenait d’un tour du monde à vélo, en solo, de 34000km. À travers son blog et l’enthousiasme que dégageait cette femme, j’ai trouvé une source d’inspiration pour écrire mes propres aventures, ma propre «folie». Car oui, quand on a le goût du challenge, qu’on ne se sent bien que dans l’action, la découverte et la rencontre, on peut parfois (souvent) être incompris. J’ai rencontré Mélissa pour la première fois en janvier 2017, à l’occasion du festival du voyage à vélo.

Quelques semaines auparavant, elle avait appris que sa candidature pour l’édition 2017 de la Transcontinental Race était retenue. Je ne pouvais manquer l’occasion de lui présenter Alain Puiseux (présent sur le festival), lui-même ayant participé à l’édition 2016.

Je me souviens encore de l’état d’excitation teintée de stress dans lequel Melissa se trouvait, inondant Alain de questions. Á l’époque Alain et moi-même devinions déjà qu’elle n’avait besoin des conseils de personne, qu’elle avait déjà les cartes en main et qu’elle n’aurait pas besoin de bluffer pour remporter la partie.

Organisation de son TCR

Octobre 2016, Melissa reçoit un mail de confirmation que sa candidature est bien retenue pour l’édition 2017. À partir de là, la jeune américaine se donne les moyens de réussir cette course, même aux termes de plusieurs mois de sacrifices et d’entraînements. À compter de janvier 2017, Melissa se fixe comme objectif de rouler 2000km par mois (elle en fait déjà 700 à 800km pour se rendre à son travail), même lorsque le thermomètre afficherait des températures négatives.

Melissa Pritchard est professeure d’anglais dans une école suisse. En plus du beau terrain de jeu où elle habite, le métier de Melissa lui permet d’avoir plusieurs semaines de congés qu’elle passera sur son vélo pour s’entraîner.

Pour Melissa Pritchard, la TCR démarre par l’achat des cartes des pays d’Europe qu’elle devra traverser. C’est à partir de ce moment que l’esprit commence à voyager, que les premiers paysages viennent peupler votre imagination. Si pour son tour du monde à vélo, Melissa a laissé place à une grande part d’imprévu. Pour la TCR pas question de s’élancer sans avoir préparé minutieusement son itinéraire. Pour elle, pas question de faire des détours pour privilégier des routes plus plates ; les montagnes ne lui font pas peur.

Si elle ne manque pas de courage ni de détermination, Melissa Pritchard est quelqu’un qui en revanche a besoin d’être rassuré sur son projet. Elle appellera son père, spécialiste en mathématiques, pour avoir son avis sur les distances et les moyennes qu’elle devrait réaliser. Ce à quoi son père lui répondra, sans tenter de la

Ma chérie, si tu veux terminer la course, tu devras pédaler au minimum 18 heures par jour à une allure de 17km/heure.

décourager : « Ma chérie, si tu veux terminer la course, tu devras pédaler au minimum 18 heures par jour à une allure de 17km/heure. Cela représente beaucoup d’heures en selle. Est-ce que tu penses en être capable ? ». Savoir si elle en était capable. C’était bien là une des motivations de Melissa Pritchard, qui l’avait conduite à s’inscrire à cette course.

Mise en place des longues distances par Melissa Pritchard

16 avril 2017, je rejoins Melissa Pritchard à vélo jusqu’à Muzillac afin que nous fassions ensemble le trajet jusqu’à mon appartement situé à Vannes. Melissa profite de ses vacances de Pâques pour s’entraîner et tester son matériel de bivouac. J’éclate de rire lorsqu’elle me raconte, avec le sourire et l’humour qui la caractérisent, sa première nuit dans son Bivy. Dans l’étroitesse du sac, Melissa n’arrivait pas à respirer. Après 1h à suffoquer, elle décida de sortir la tête à l’extérieur.  Elle était partie le matin même de Nantes et était censée dormir chez moi avant de reprendre la route le lendemain. Seulement voilà, les presque 130km avec du vent de face n’avaient pas rassasié l’intranquille. Elle décida finalement de dîner avec moi et de reprendre la route en direction de Saint-Malo puis Le Mont Saint-Michel et me donna rendez-vous le lendemain soir pour cette fois-ci passer la nuit chez moi.

J’ai fait rapidement les calculs dans ma tête : Melissa était en train de m’annoncer qu’elle comptait rouler 400km en l’espace de 24 heures. Pour reprendre une citation d’Emile Zola « Il n’est pas de plus grande folie que de ne pas en avoir ».

2362 kilomètres en 11 jours, soit un quasi demi-tour de France, avec une visite chez Alain Puiseux à Clermont Ferrand pour boucler la boucle, avant le retour en Suisse. Ce à quoi s’ajouteront, les week-end et un voyage de 5 jours de reconnaissance de la TCR afin d’ajuster les réglages de son vélo en titane fraîchement monté par un cadreur suisse. Un peu plus de 15000km ! C’est le nombre de kilomètres parcourus par Melissa avant le TCR depuis le mois de janvier 2017. Pour certaines longues sorties, Melissa s’est entourée de Felix et Jonas, 2 autres participants chevronnés habitant non loin de chez elle et dont les conseils auront été précieux.

Départ pour le TCR

28 juillet 2017. Dans l’après-midi, des élèves de Melissa sont venus l’encourager avec des banderoles quelques heures avant le départ. 22H : Le stress et la nervosité de l’attente du grand jour vont enfin laisser place à l’excitation du départ. Après un vibrant hommage et une minute de silence en l’honneur de Mike Hall, fondateur de la TCR et figure emblématique de l’ultra-cyclisme, décédé quelques mois auparavant lors d’un accident de la route lors de l’Indian Pacific Race, c’est au son de la cloche que Melissa Pritchard et les autres participants prennent le départ depuis Geraardsbergen en Belgique. Pour Melissa être sur son vélo est comme une forme de méditation, un retour à elle-même et à l’essence même de la vie. Ce qui l’a fait avancer sur son vélo ? Découvrir de nouveaux endroits, rencontrer de nouvelles personnes.

La course sera endeuillée dès les premiers jours, avec un accident de la route qui emportera le cycliste Frank Simon. Certains participants préféreront arrêter la course, dont 2 amis à Melissa. La jeune femme apprendra la tragique nouvelle tardivement dans la nuit, mais décidera de poursuivre sa route, de la même manière qu’elle aurait aimé que les participants le fassent si c’était elle qui avait perdu la vie.

Évidemment cet accident tragique a assombri la course et le moral des participants. Lorsqu’on participe à une course d’ultra cyclisme, Melissa m’explique, avec beaucoup de lucidité, qu’il faut accepter le risque, car même en étant prudent on ne peut pas deviner le comportement des automobilistes. En Roumanie, Melissa raconte que les camions la klaxonnaient pour la sortir de la route, sauf qu’il n’y avait rien d’autre que du gravier sur le bas côté…

Melissa Pritchard en mode gestion ultra

Très rapidement Melissa occupera les premières places du classement. Au passage du CP1 (Check Point), la jeune femme sera elle-même surprise de se sentir aussi bien et aussi forte, ce qui renforcera sa confiance. Rouler, manger, dormir (peu). Presque comme une routine, Melissa avale les kilomètres et les assiettes copieuses qui lui redonnent de l’énergie. 4 à 5 heures de sommeil par jour, souvent fragmentées ; le prix à payer pour valider les check points dans les temps.

Lorsque la chaleur était trop forte, Melissa s’accordait une sieste de 20 minutes à 1 heure après la pause déjeuner. Lorsqu’elle n’était pas trop fatiguée, elle privilégiait la nuit pour profiter du calme et de la fraîcheur. Lorsque ses paupières se fermaient sur son vélo, Melissa avait la sagesse de dormir quelques minutes sur un bord de route, dans un champ ou sous un abri de bus.

Melissa Pritchard

Melissa Pritchard – Photographer James Robertson

Melissa Pritchard en souffrance

Après la joie du CP1, le CP2 a laissé place à la douleur. Le Monte Grappa a eu raison d’un des genoux de Melissa, au point de hurler sur son vélo. En trouvant enfin une pharmacie ouverte, Melissa a ressenti comme un sentiment de délivrance et a laissé les larmes couler sur ses joues. Les antidouleurs l’ont soulagée seulement 3 heures, avant de laisser place à nouveau à l’agonie. Melissa aurait pu abandonner, elle y a pensé. Et puis elle s’est rappelé les conseils qu’elle avait lu lors de sa préparation, en cas de couleur au genou : elle a baissé sa selle et redressé ses mains sur son guidon et la douleur l’a abandonné pour la laisser poursuivre sa route. 930 kilomètres en 3 jours. Melissa impressionne sa famille, ses amis et les inconnus qui suivent son tracker. Les messages d’encouragements inondent sa page Facebook.

Mélissa Pritchard, des blessures

À l’approche du CP3, la chaleur insoutenable et les conditions de circulation ont rendu la course encore un peu plus difficile. À cause du trafic sur les routes, Melissa a dû changer son itinéraire, l’obligeant à emprunter des routes en gravier et franchir une montée très difficile avant l’arrivée au check point. La photo de Melissa se baignant dans un lac après avoir validé le CP3, reste pour moi l’une des images les plus fortes de sa course. Bras en forme de croix, paupières fermées et bouche grande ouverte, la jeune femme émerge de l’eau comme une sirène, sortant de nulle part, qui peut enfin reprendre son souffle après l’intensité de l’effort qu’elle vient de réaliser.

Melissa Pritchard

Melissa Pritchard – Photographer James Robertson

Après sa baignade salvatrice, Melissa accordera une interview au micro de Juliana Burhing, figure emblématique de l’ultra-cyclisme féminin. Il y a quelques semaines encore, Melissa était impressionnée par le parcours de Juliana. Aujourd’hui, c’est elle qui impressionne. Derrière son sourire et sa bonne humeur, Melissa ne laissera jamais paraître la moindre trace de douleurs. Pourtant après le CP3, la jeune femme a commencé à développer des plaies au fessier. L’un de ses cuissards lui a provoqué des blessures de selle, malgré l’utilisation de beaucoup de crème.

La force de caractère de Melissa Pritchard

Finalement, la partie la plus difficile de la course est lorsque vous avez déjà parcouru plus de 3000 kilomètres et que vous devez pédaler jusqu’à la ligne d’arrivée : être si proche et si loin à la fois… La chaleur et l’état désastreux des routes en Serbie et Macédoine, n’ont pas facilité la fin de parcours pour l’ensemble des participants. Les 20 derniers kilomètres de course témoignent de la force de caractère et de l’abnégation de la jeune femme. Une crevaison lente, pour escalader le dernier mur à 10% qui se dressera sur sa route avant de franchir la ligne d’arrivée. Épuisée et les mains tellement endolories, elle ne parviendra pas à changer sa chambre à air. Malgré son épuisement, Melissa ne perdra en rien de sa lucidité et de sa débrouillardise. Tous les 2 kilomètres, elle descendra de son vélo pour regonfler sa chambre à air et pédalera en danseuse pour soulager son pneu arrière de son poids sur la selle.

Elle y est arrivée, satisfaction d’avoir découvert de nouvelles ressources en elle

À l’arrivée à Meteora en Grèce, pas de champagne, ni de médaille, mais une bière, les applaudissements des participants ayant déjà franchi la ligne d’arrivée et des messages qui inondent votre boîte mail et votre répondeur. Melissa a participé à la TCR afin de satisfaire son appétit insatiable de découvrir de nouveaux endroits et de rencontrer de nouvelles personnes.

La plus grande récompense pour elle aura été d’avoir découvert de nouvelles ressources en elle, de s’être prouvé encore un peu plus de quoi elle était capable et de s’être nourrie de l’expérience et des conseils des finisheurs. Quelques minutes après son arrivée, Melissa s’endormira sur un fauteuil, comme une enfant, mais dans le corps d’une femme qui se sent vieille et sale, la douleur et la fatigue blotties parmi ses entrailles comme dans un nid douillet. Ce qui ne l’empêchera pas le lendemain de reprendre son vélo pour aller à la découverte de Meteora.

Retour en Suisse

2 bus, 1 ferry et 5 trains plus tard, Melissa sera de retour chez elle en Suisse. La course avant et pendant a occupé tellement de place dans la vie de la jeune femme, qu’elle ressenti un profond sentiment de vide à présent que la course est terminée. La première nuit, elle a fait des cauchemars. La ligne verte de l’écran de son GPS continuait à l’obséder la nuit. Désormais, c’est l’itinéraire vers l’école, où elle a repris son travail, qu’elle doit suivre. Reprendre cette routine l’a aidée, même si elle se sent toujours physiquement fatiguée et mentalement épuisée. On ne ressort pas indemne d’une telle course. La TCR a rappelé à Melissa à quel point il était important de vivre l’instant présent, sans chercher à se projeter trop loin. Sur une course d’endurance, les émotions, les sentiments changent si fréquemment, tout comme la douleur, la fatigue ou la motivation.

Les conseils de Melissa Pritchard sur une TCR

Pour conclure, j’ai demandé à Melissa quels conseils elle donnerait aux femmes qui souhaitent participer à la prochaine TCR :

Beaucoup de personnes sous-estiment la force physique et mentale des femmes et, à bien des égards, ces dernières font souvent preuve de plus de force que leurs homologues masculins. Les hommes perdent souvent plus de poids que les femmes sur ce type de course. De ce fait, elles sont plus endurantes, plus longtemps. De plus, les femmes tolèrent souvent mieux la douleur que les hommes (surtout pour celles qui ont connu la douleur d’un accouchement).

Le souhait de Melissa est que davantage de femmes se lancent dans ce type de compétitions. En 2013, Juliana Burhing était l’unique femme à participer à la première édition de la TCR. 5 ans plus tard, elles étaient 30 à prendre le départ. Ce qui prouve que l’ultra-cyclisme devient de plus en plus populaire. Pour participer à une telle course, il faut être en mesure d’abandonner son confort, comme une douche, son hygiène personnelle ou encore dormir dans un lit confortable. Mais cela en vaut la peine, car vous apprendrez tellement sur vous-mêmes !

Melissa étant américaine, on se prend forcément à rêver de la voir participer à la Trans-am bike race, qui traverse sa ville natale dans l’Oregon. Mais ce n’est pas au programme de la jeune femme pour l’instant et pas compatible avec son calendrier en tant que professeur. Fin d’année, elle partira à la découverte d’Oman à vélo. Elle dit mettre son vélo titane au repos, en attendant la prochaine édition de la TCR. Elle aimerait bien renouveler l’expérience pour voir comment il se sent. À moins qu’elle décide de faire un nouveau périple à vélo mais en mode bike packing plutôt que chargé de sacoches. Melissa est une femme imprévisible et intranquille, c’est ce qui la caractérise et fait d’elle une femme tellement inspirante, avide de découvertes et terriblement humaine.

Un immense merci à Melissa Pritchard de m’avoir accordé de son temps afin de répondre à mes questions. Un grand BRAVO!

Crédits photos:

  • Photographer Lan Van Leeuwen – @saltlake_lian https://www.saltlakephoto.nl/blog Photo principale
  • Photographer James Robertson @jprobertson – http://jamesrobertsonphotography.co.uk Autres photos

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Un commentaire à propos de “Melissa Pritchard, récit de la Transcontinental Race: 4200km en autonomie”

  1. Kali dit :

    Waouh magnifique…. Bravo à Mélissa !

    J’ai découvert cette course, le jour du départ 1h avant, dans le magazine 200. Donc j’ai pris ma voiture pour aller voir le départ à Grammont en Belgique… Je les ai vu partir dans le noir monter le « mur » de Grammont à la lumière des flambeaux, belle ambiance… J’ai adoré…
    Ensuite, j’ai regardé tout les jours l’avancé de riders…

    C’est juste énorme cette TCR…
    Et en même temps, j’ai découvert d’autres ultra race…

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