Martine Cano, Présidente de la Fédération Française de Cyclotourisme (FFCT)

La Fédération Française de Cyclotourisme (FFCT) gère l’organisation et le développement du cyclotourisme en France. Nous avons eu l’occasion de faire une interview de sa présidente, Martine Cano.

Martine Cano, quelle est votre pratique du vélo?

J’ai deux usages principaux du vélo. Tout d’abord, pour le quotidien, comme pour aller à la boulangerie ou à la poste. Sinon, c’est plutôt une demi-journée de balade en morte saison et, dès que possible, pendant plusieurs jours.

Pour vous, que représente le vélo dans votre vie personnelle?

C’est pratiquement toute ma vie, car je fais du vélo depuis que je suis adolescente. J’ai rencontré mes amis à vélo et mes amis font aussi du vélo. Cela m’a permis de rencontrer mon mari et de réaliser de nombreux voyages. C’est ma deuxième famille, quasiment ma vie.

Votre mari est actif au sein de la FFCT?

Il l’a été pendant longtemps, aux niveaux local et régional. Malheureusement, depuis 4 ans, les suites d’un AVC l’empêchent de poursuivre ces activités.

Comment vivez-vous le fait d’être la première femme présidente de la FFCT?

Je le vis très bien et c’est assez amusant, car, comme un ami me le disait, c’était encore impensable il y a quelques années.

Aujourd’hui, ce n’est toujours pas quelque chose de courant et seulement 23% ou 25% des fédérations ont une femme à leur tête. Mais cela montre encore très doucement, trop doucement peut-être, que la société évolue et fait bouger les tabous.

Quand on regarde dans le passé, à la fin du dix-neuvième siècle,  il n’y a pas si longtemps, le fait qu’une femme pratique le cyclisme était considéré comme pratiquement scandaleux. Contraire aux bonnes moeurs et dangereux, soi-disant, pour sa santé. Cela allait l’empêcher d’avoir des enfants, c’était tout juste si ce n’était pas un trouble à l’ordre public.

Cette période est passée, fort heureusement, mais il a fallu attendre très longtemps pour que les choses se banalisent.

Donc, être la première femme, cela fait plaisir, mais ce n’est pas spécialement l’objectif recherché. Ce n’était pas un but en soi, mais bien un concours de circonstances qui ont fait que les choses se sont passées de cette manière.

Quel a été votre parcours avant d’arriver à la présidence de la FFCT?

Je roule depuis que je suis adolescente. Et à 20 ans environ, j’ai voulu être utile à mon club en rendant de petits services. Après, grâce à la fédération, j’ai eu l’occasion d’avoir deux bourses de voyage et cela m’a ouvert les yeux sur beaucoup de choses.

Il fallait donc que je rende un peu ce que l’on m’avait donné. C’est dans ma philosophie de donner en retour ce que l’on a reçu. J’ai commencé à m’engager, à me former. Secrétaire, initiatrice, monitrice et puis j’ai envoyé des articles à notre revue mensuelle de façon un peu informelle sur les manifestations auxquelles j’avais participé.

Et puis un jour, j’ai reçu une lettre m’invitant à écrire de façon plus régulière à notre revue, car la FFCT était très satisfaite de mes articles. Je suis rentrée par la revue, puis je suis devenue membre d’une par la Commission. On est à chaque fois venu me chercher.

Finalement, c’est un long enchaînement d’événements qui m’a amenée à être présidente de la FFCT.  J’ai été un peu en retrait à la période où mes enfants étaient en bas âge, mais j’ai toujours été investie auprès de la FFCT.

Selon vous, quelles sont les priorités en 2017 de la FFCT?

Avant tout, accentuer tout ce qui peut mener à accueillir de nouveaux adhérents et notamment les catégories d’âge les moins représentées, c’est-à-dire les moins de 40 ans.

Et aussi les familles, car c’est toujours un peu plus compliqué au point de vue horaire et logistique de s’engager à faire du vélo à 8 heures du matin ;-). Ensuite, les femmes, car même si on n’a pas mal d’actions, les effectifs n’ont pas spécialement suivi l’engouement.

Et plus spécifiquement pour les femmes ?

Des actions, comme le rassemblement de Paris-Strasbourg, ont eu un impact positif sur les régions qui organisent maintenant leurs propres week-ends et séjours féminins. Il y a aussi beaucoup plus de femmes qui prennent des responsabilités dans les clubs, au sein des régions. Mais ces actions n’ont pas spécialement entraîné un plus gros effectif de femmes.

Elles prennent plus d’assurance, mais on a encore un peu de mal à les faire venir vers nous, car elles ont peur que cela soit trop difficile. Il y a encore de l’appréhension, alors que c’est une activité qui est pratiquée  que beaucoup pratiquent sans le savoir.

Que ce soit la petite balade du dimanche aux voyages de plusieurs jours ou de plusieurs semaines, il s’agit de cyclotourisme.

Le manque de parité dans les clubs a créé le besoin d’organiser de grands événements pour sensibiliser et accueillir les femmes. Cela ressort d’un besoin.

Évidemment, il arrive que l’on ait des retours négatifs venant des hommes qui souhaiteraient la même chose.  Mais on insiste sur le besoin des femmes à se sentir accueillies pour tenter d’établir une parité au sein de clubs. C’est important d’insister là-dessus, car il ne s’agit pas de favoritisme.

Le troisième grand rassemblement, comme en 2016 avec “Toutes à vélo”, est prévu en 2020, mais la ville n’est pas encore définie. On envisage aussi déjà 2024.

Et pour les jeunes?

Actuellement, nous aidons modestement plusieurs jeunes adultes partant, parfois en binômes, pour un grand voyage qui peut durer six mois ou  deux ans.

Le plus difficile, ce n’est pas le fait de partir, c’est le retour.  Certains reprennent directement leur vie professionnelle et d’autres ont du mal à revenir à la réalité.

Il faut aussi penser au futur et à se réinsérer après. Certains n’ont pas de soucis et retournent aisément à leur vie d’avant, sans période de transition.  D’autres ont plus de difficultés, cela dépend vraiment de leur personnalité.

Dès que l’on commence à voyager à vélo, on se rend compte de l’existence d’un grand nombre de cyclotouristes et cela ouvre des opportunités extraordinaires.

Quels sont les freins qui bloquent la femme à faire du vélo?

La femme a plus peur que les hommes à vélo, surtout en raison des infrastructures réservées aux cyclistes. Encore un gros retard par rapport aux pays voisins, même si on commence à voir des améliorations. On peut citer d’autres freins, comme les horaires des clubs incompatibles avec la vie de famille, des pratiques différentes, le manque de parité dans les clubs.

Nous remercions Martine Cano pour le temps qu’elle nous a gentiment accordé et nous la félicitons également pour son nouveau poste de Présidente de la FFCT.

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2 commentaires à propos de “Martine Cano, Présidente de la Fédération Française de Cyclotourisme (FFCT)”

  1. BESSON dit :

    Bonjour amis cyclos !
    J’ai vu notre Présidente pour la première fois hier devant le moulin de Venejan,
    en présence de Dominique Lamouler. Je suis ravi que ce soit une présidente et non
    un président qui soit notre nouvelle élue, on pourra dire que les cyclos respectent
    la parité… Nous avons, nous-même, les cyclotouristes avignonnais, une présidente…
    Je trouve très bien l’idée d’aller « conquérir » la catégorie des moins de 40 ans. Je n’en fais plus partie depuis longtemps et nos clubs sont vieillissants. Un sang neuf nous ferait beaucoup de bien. Amitiés à tous

    1. Merci pour votre commentaire.
      Oui, l’arrivée de Madame Cano va sûrement apporter de nouvelles choses au cyclotourisme.
      On a hâte de découvrir les futures actions.
      Bien à vélo.

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