Comme une star – Paris-Brest-Paris EP 5

Que du bonheur pour Séverine. Elle a négocié son premier Paris-Brest-Paris comme un star.

Fougère-Tinténiac: plus difficile qu’à l’aller

Autant à l’aller, j’avais trouvé cette petite étape entre Fougère et Tinténiac assez facile, autant au retour, j’ai l’impression que ça monte tout le temps. Il me faudra 3h15 pour faire ces malheureux 54 km, une horreur. Je n’ai pas du tout le moral. J’arrive à la voiture, le visage fermé. Décidément, Fougères ne me porte pas chance… Je descends du vélo en disant: « d’abord je dors 20 mn et ensuite, on avise. » Cécile et Jean-Marc ne sont pas très rassurés, ils ont peur que j’abandonne… Dans ma tête, jamais cette idée n’a effleuré mon esprit. J’avais simplement besoin de dormir un peu et de me ressourcer. Lorsque je me réveille, je me sens déjà mieux. Je mange de bon appétit et me voilà repartie. Il est 10h45 mais je suis complétement perdue dans les heures. Ce que je veux maintenant, c’est rallier Villaines-la-Juhel. Les étapes vont être un peu plus roulantes et le terrain va mieux me convenir.

C’était sans compter sur la sortie de Fougères. Je ne m’attendais pas à une bosse pareille. Je regrette de ne pas avoir enlevé le maillot manches longues. J’ai chaud de suite. J’avais fait cette étape de nuit à l’aller, du coup, là, je découvre les paysages. Je ne me rappelais pas que ça montait autant. Pour autant, j’ai le sourire. Lorsque je faisais l’assistance de papa, à Villaines, je me disais que c’était fini. Je me rends compte aujourd’hui que c’est loin d’être le cas mais tout de même, c’est symbolique. J’ai retrouvé le moral et de ce fait, les jambes qui vont avec. Les gens sur le bord de la route nous encouragent, cela donne vraiment la pêche. Dans l’après-midi, je fais également un bout de route avec le groupe de Brain, rencontré sur le 200 et le 600 d’Angers. Ça avance vraiment bien.

Villaines-la-Juhel: retour au 1er contrôle emblématique

La seule difficulté dont je me souvienne vraiment sur cette section, c’est la bosse du Ribay. Dediou, ce que c’est raide! Je me retrouve scotchée à la route. Pas grave, je grimpe comme je peux. Chaque coup de pédale me rapproche de Paris. L’euphorie me reprend. Rien ne peut gâcher mon bonheur d’arriver à Villaines-la Juhel. Je suis tellement contente d’être revenue à ce 1er contrôle emblématique. L’ambiance ne faiblit pas. Comme tous les 4 ans, les gens se sont massés partout dans la ville. Lorsque je pose mon vélo, je fonds en larmes d’émotion. Se faire applaudir comme ça par autant de monde est très impressionnant. Moi, la gamine débutante, me voilà ici acclamée comme une star. Waouh!!

Je pointe à 16h15. Comme d’habitude, je retrouve Cécile et Jean-Marc à la voiture. Ils sont garés sur la place. Je mange bien pendant que Jean-Marc me prodigue un bon massage dont lui seul a le secret. J’ai le tendon d’Achille et le genou droit qui commencent à me faire souffrir. Les fesses aussi sont douloureuses. Je ne supporte plus les escalopes. Je décide de retenter de mettre des pansements double peau. Sans les couper, peut-être tiendront-ils le choc?

Je commence également des calculs savants pour savoir à quelle heure je suis potentiellement capable de rentrer. Si je repars à 17h, je serais à 22h sur Mortagne, 2h30 à Dreux et pour 6h30 à St Quentin. Youhouuu, je suis dans les temps pour rentrer en 85h. Il m’en faut moins pour me booster. Je m’enfile une petite bouteille de vitamines Fenioux et me voilà remontée à bloc pour finir en trombe.

Que du bonheur!

Comme les dieux de la météo sont vraiment avec nous cette année, un bon vent très favorable s’est levé et c’est toute voile dehors que je franchis les toboggans entre Villaines-la-Juhel et Mamers. C’est une nouvelle période d’euphorie qui commence. Je m’amuse comme une petite folle. Je descends à bloc et remonte à l’inertie une bonne partie de la bosse suivante. Waouh, quel pied ce Paris-Brest! Ce qui m’étonne tout de même, c’est le peu de gens que je vois sur la route. Mais où sont-ils donc tous passés? À vrai dire, ils doivent être devant. Finir en 85h n’est pas un exploit en soi. Je suis à l’arrière du peloton et plus personne ne doit beaucoup traîner derrière moi… Tant pis, je suis heureuse d’être là où j’en suis, c’est le principal.

Je suis rejointe par Marc avec son vélo couché. Nous ferons un petit bout de chemin ensemble à papoter. Il me conseille de ne pas me mettre dans le rouge pour le suivre mais moi, je me sens super bien. Sur la grande route avant Mamers, la circulation assez dense me fait peur. Les cyclos roulent tous un peu n’importe comment sur la chaussée et j’ai toujours peur qu’un accident ne vienne gâcher la fête.

Mamers arrive sans que je ne m’en aperçoive. Je décide de m’arrêter au ravito proposé par la ville. Je suis toujours aussi joviale. Je discute un peu, leur dit que je suis bientôt rentrée. Mortagne n’est pas loin, ensuite Dreux puis Paris. Ne me parlez pas du nombre de kilomètres qu’il reste à faire, ça m’affole. Je compte en étapes, le chiffre est moins gros. Et puis maintenant, comme je le dis à qui veut l’entendre, ce n’est que du bonheur. Il fait beau, on a le vent dans le dos, tout va bien.

Je fais part à Didier et à mon entourage de mon plan de route. Je culpabilise un peu car si j’arrive à 6h du matin, ils vont devoir se lever bien tôt pour être sur la ligne d’arrivée. Tant pis pour eux, ils n’avaient qu’à pas rouler si vite. Que ce soit Didier ou mes parents, chacun est rentré chez soit pour se reposer. Ils ont eu raison, nous arrivons avec 24h d’écart. Maintenant, il va falloir se lever de bonne heure pour venir m’accueillir.

3098ème sur 6000 au contrôle de Mortagne

La route se poursuit ainsi en direction de Mortagne. Je me retrouve à nouveau seule au milieu des champs. Je ne me rappelle pas des bosses, juste de ce bonheur d’être là. La montée au contrôle de Mortagne se fera au cœur. Ce qu’il est raide à monter ce petit talus! Cependant pas question pour moi de poser pied à terre avant le parc à vélos. Les applaudissements et les encouragements de la foule m’électrisent et m’aide à franchir cet énième obstacle.

Au moment de poser mon vélo, je me retrouve face à face avec Bruno, mon compagnon de départ. Je le vois tout ensuqué alors que moi, j’ai toujours la pêche. Je suis également très surprise de le voir ici. Il avait plus d’un contrôle d’avance sur nous hier, je l’imaginais déjà au chaud sous la couette à cette heure-ci.

En contrôlant, je demande aux gens présents s’ils ne peuvent pas me trouver des compagnons de route pour cette nuit. Il y a des tas de vélos sur le parc mais personne sur la route. Nos amis asiatiques sont repartis se coucher dans leurs combinaisons noires au bord des routes et moi, je vais finir par m’ennuyer… À mon grand étonnement, le contrôleur m’annonce que je suis 3098ème à pointer. « Hein?? Comment?? Sur 6000 participants?? Il marche bien votre truc?? ». Ça les fait rigoler mais moi, je suis vraiment très étonnée. C’est pour cela que je ne vois personne, ils sont tous derrière!

Pas question de dormir, je file à la voiture pour manger un peu et me faire masser. Je veux rentrer avant 6h30. J’appelle un coup Chéri qui commence à me dire que mon idée de rentrer de nuit n’est pas une bonne idée… Il n’est pas le seul à me dire ça. Tout le monde insiste en me disant que je dois savourer, profiter, me reposer et prendre un max de délais. Ah bon? Je réfléchis un peu. Rentrer de nuit seule ou rentrer de jour avec du public. Finalement, ils n’ont peut–être pas tort. Et puis devant leur insistance, je me dis que peut-être qu’ils sont en train de me préparer une petite surprise dont eux seuls ont le secret.

Avec sa saga « Paris-Brest-Paris: un rêve de petite fille devient réalité », Ellesfontduvelo vous invite à suivre l’incroyable défi sportif de Séverine Devolder sur le Paris-Brest-Paris. Un parcours de 1200 km à vélo en moins de 90 heures, un rêve de petite fille qui est devenu réalité.

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