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Marie Tondereau – Femme, cyclisme et compétition… Un parcours de combattante !

Marie Tondereau – Femme, cyclisme et compétition… Un parcours de combattante !

Marie Tondereau, alias The Little Queen, a décidé de partager par l’intermédiaire de son blog et de son compte instagram sa vie de cycliste. Une interview réalisée par Mona PANTEL.

Fin juin 2018 se sont tenus à Mantes-la-Jolie (Yvelines) les championnats de France Élite et Espoirs sur route 2018. Celles et ceux qui étaient sur le bord des routes ont pu encourager un peloton féminin assez bien fourni, dans lequel se mêlaient situations professionnelles et amateures.
Néanmoins quelle que soit l’équipe à laquelle elles appartenaient, ces athlètes ont souvent vécu le même parcours atypique et difficile offert par le milieu du cyclisme féminin français.

Superbe journée pour le lancement de ce Championnat de France avec le contre-la-montre 🇫🇷. De l’autre côté pour la première fois, et j’ai pris très à cœur mon rôle de « Directrice Sportive » pour ma petite poliche @sandrine.polizzi. J’ai adoré la briefer, l’encourager et l’aider dans la logistique pour qu’elle arrive dans les meilleures conditions possibles. Énorme de vivre la course de l’intérieure et de voir comment elle appuie fort sur les pédales avec ces « petits cures-dents » (sous entendu ces petits mollets tout fins) 😂 Bravo pour ta 25éme place parmi les meilleures athlètes françaises sur cette discipline très exigeante et ce parcours très difficile avec les coups de cul et ce vent de fou qui faisait des dégâts. Tu peux être fière de toi et le comité PACA peut être fier de toi aussi 👏. Énorme Félicitations à la belle Audrey @cordonragot qui reste imbattable sur le chrono encore une fois. Merci pour ta gentillesse et on croise les doigts pour le doublé samedi 🤞🇫🇷

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Présente dans les Yvelines en tant que directrice sportive de son équipe, Marie Tondereau, alias The Little Queen, a décidé de partager par l’intermédiaire de son blog et de son compte instagram sa vie de cycliste. Elle a gentiment accepté de répondre à mes questions et m’a décrit cet univers particulier.

Interview de Marie Tondereau réalisée par Mona PANTEL

Marie Tondereau commence le cyclisme alors qu’elle n’est encore qu’une enfant âgée d’une dizaine d’années, à l’école de vélo.
« En fait il y avait mon cousin qui faisait du vélo, du coup mon frère a eu envie de s’y mettre. Moi à l’époque je faisais de la danse et je m’ennuyais. La danse c’est ce que font toutes les petites filles. Au final j’ai dit à mes parents que je ne voulais pas faire de la danse, j’avais envie de faire du vélo comme mon frère et mon cousin. Au début c’était un peu la soupe à la grimace, forcément. Au final ils ont accepté, et ça s’est fait comme ça. ».

Elle s’inscrit donc dans un club et découvre peu à peu ce monde particulier, dans lequel la gente féminine est bien souvent peu représentée sur les compétitions d’écoles de vélo :
« Il y avait très très peu de filles. J’avais une très bonne amie avec qui on a partagé notre passion. On était tout le temps ensemble. Et après il y avait Fleur Faure qui a très bien marché et qui était en équipe de France… ».
Par conséquent, elle court avec les garçons:
« Lorsque l’on commence, on est avec les garçosn. Donc bon, on serre les dents ! Mais du coup au final c’est une bonne expérience. […] Après j’ai toujours eu de la chance : j’étais bien encadrée, j’étais dans un bon club et au final j’avais toujours des coéquipiers pour m’aider. Et puis il y avait ma fameuse coéquipière ! […] On s’aidait beaucoup, on finissait toujours ensemble. »
Au fil des années, Marie Tondereau passe de catégorie en catégorie et progresse, au prix, notamment, d’un fort investissement familial.
« Mes parents se sont vraiment beaucoup investis. Le vélo, c’est un sport qui coûte très très cher et quand on est une fille, le problème, c’est que ce sont des déplacements qui sont loin. […] J’étais en région Centre, il n’y avait pas beaucoup de courses de filles. Donc, on allait souvent en Bretagne, en Vendée. Et forcément, derrière, ce sont mes parents qui assumaient. Le club, c’était un petit club, donc il nous aidait de temps en temps, mais c’était plus mes parents qui prenaient la voiture, qui nous emmenaient, et qui des fois louaient un gite pour qu’on y soit la veille… Après c’est vraiment une histoire de famille, de passion. »
Marie Tondereau ne s’est ensuite pas arrêtée, jusqu’à intégrer une grande équipe quelques années plus tard.
« Lorsque j’ai eu 17 ans, il y a eu une division nationale (DN) qui s’est montée dans la région Centre où j’habitais à l’époque. J’y ai d’abord été stagiaire junior ; ils m’ont emmenée sur certaines coupes de France pour voir un peu mon niveau, me tester. J’ai été retenue l’année suivante, donc à mes 18 ans, en junior deuxième année, en tant que titulaire pour faire partie de l’équipe DN. »
Intégrer cette équipe lui permet alors de franchir un pallier, mais lui demande également un investissement personnel plus important, sans toutefois lui assurer un revenu tous les mois.
Marie Tondereau doit alors faire des choix en fonction d’impératifs extra-sportifs.
« Pour la petite histoire, j’étais en région Centre, et je suis ensuite partie à Nice pour mes études. Après j’ai trouvé un job étudiant, je travaillais 20 heures à côté de mes études, donc c’était clairement impossible. Une fois que j’aie eu terminé mes études, j’ai eu une période où forcément je cherchais du travail. Donc je me suis dit que c’était l’occasion de refaire une saison, de reprendre tranquillement, et puis de se relancer. […] Et du coup j’ai repris. Il y avait une équipe qui se montait dans les Alpes-Maritimes, et les filles ont appris que j’avais fait partie d’une équipe en division nationale. Elles m’ont contacté et puis ça s’est fait comme ça, j’ai intégré l’équipe. L’année dernière, c’était ma première année après 4 ans d’arrêt total. Je ne faisais plus du tout de vélo mais je faisais du sport puisque j’étais en STAPS (faculté de Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives ndlr), donc je m’entretenais un petit peu. Mais bon je ne faisais pas de cardio, donc l’an dernier la reprise a été un peu dure. Et puis forcément j’avais d’autres préoccupations, je cherchais du travail… ».
Le chemin se complique donc à mesure que les années passent, en raison notamment de l’entrée nécessaire dans le monde du travail qui s’avère être très souvent difficilement conciliable avec une pratique du cyclisme à haut niveau. De plus, lorsqu’elles n’appartiennent pas à des équipes bénéficiant de moyens financiers et matériels importants, ou du moins convenables, les filles font parfois face à des situations insensées.
Ainsi, quelques semaines avant les championnats de France 2018, le comité Provence-Alpes-Côtes d’Azur (PACA), auquel appartient désormais Marie Tondereau, ne disposait toujours pas de véhicule pour faire le déplacement jusque dans les Yvelines et emmener les 5 vélos nécessaires pour la compétition (2 pour le contre-la-montre et 3 pour la course en ligne). Cela avait poussé Marie Tondereau a tirer la sonnette d’alarme en postant un message sur Facebook dans lequel elle expliquait son désarroi face à cette situation complètement incongrue.
« C’est quand même aberrant parce que là, en ce qui concerne les filles du PACA, Marion finit dans l’échappée, et Sandrine termine 25ème du chrono. C’est l’une des premières qui est non professionnelle, qui travaille à côté, et on s’est battu juste pour avoir un véhicule. On a pas de sélection régionale, c’est en train de se refonder parce qu’avec la restructuration des régions, ça a un peu mis le bazar. Donc on ne peut pas en vouloir à la région. Le problème c’est que ça faisait deux mois qu’on demandait de l’aide et qu’on avait pas de retour, donc il y avait clairement un problème de communication. »
On est ainsi face à un manque de prise en considération de ces jeunes athlètes, qui font pourtant partie du plus haut niveau français sans pour autant être professionnelles.

Un parcours semé d’embûches pour toutes les cyclistes françaises qui pratiquent leur discipline en compétition

Ce récit montre bien le parcours semé d’embûches qu’empruntent toutes les cyclistes françaises qui pratiquent leur discipline en compétition :

  • les courses avec les garçons à l’école de vélo,
  • l’investissement total impliquant presque de manière obligatoire les parents,
  • et enfin le combat qu’il faut mener pour trouver une équipe proposant un encadrement correct.

Le changement s’opère petit à petit. Outre la création de la première équipe professionnelle française il y a un peu plus d’un an avec la FDJ Nouvelle-Aquitaine, on trouve désormais des clubs qui bénéficient de moyens importants permettant d’offrir aux athlètes un encadrement matériel et humain de haut niveau. On peut citer par exemple le VC Saint Julien en Genevois qui est soutenu par un partenaire privé, et qui est aujourd’hui une écurie phare du peloton féminin français. Toutefois, cela reste encore insuffisant, et surtout inégalitaire selon les régions.
« Il y a encore je pense beaucoup de choses à faire. Moi j’ai toujours été habituée à être encadrée, en région Centre on avait vraiment un belle structure. Et là j’arrive dans un nouveau comité (PACA), où on a énormément de potentiel : on a des filles qui marchent ; au niveau entraînement on a la montagne, on a la mer, l’hiver on peut rouler… On a tout pour bien faire en fait mais il n’y a personne pour le moment qui assure le suivi au niveau des filles. L’an dernier on a fondé une équipe Alpes-Maritimes, on avait personne pour nous encadrer, on devait à chaque fois batailler pour avoir un encadrant. C’est quand même fou ! Alors qu’il y a des filles qui ont le niveau. […] Le problème c’est que l’on grille du jus quand on doit tout gérer, faire à manger, monter nos vélos… On n’est à 100% sur notre course, et ça c’est dommage. »
Éloignée pour l’instant des routes en raison de problèmes de santé assez graves survenus après une chute, Marie Tondereau reste très impliquée dans le milieu : « Je pense qu’il y a vraiment plein de choses à faire en fait ! C’est juste qu’après il faut communiquer et être motivée. »
N’hésitez pas à la suivre Marie Tondereau par l’intermédiaire de

Nous remercions Mona PANTEL pour l’interview de Marie Tondereau et la rédaction de cet article. Suivez Mona PANTEL sur Twitter. Bien à vélo!
Crédit photo Mona Pantel et Eponine

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