ronde aliénor aquitaine

La Ronde Aliénor ou les tribulations d’une princesse bien entourée en pleine acquisition d’un tutu… 1200 km à vélo en 84h55. Émotions partagées entre amis!

Bien compliqué comme intro de compte rendu de Ronde Aliénor d’Aquitaine mais vous verrez pourtant que c’est réellement ce que j’ai vécu tout au long de ces 84h55.

La Ronde Aliénor d’Aquitaine

Un brevet cycliste de 1200 km du 8 au 12 juillet 2018.

Ronde alienor aquitaine

Tout commence il y a maintenant plus d’un an, au départ du 1000 de Bordeaux. J’avais accompagné Didier jusqu’au Haillan, avant de remonter en train pour cause de travail. Nous avions promis aux organisateurs de revenir, c’est chose faite.

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Ce sera pour nous une 1ère que cette randonnée en couple. Il y a bien eu la diagonale l’an passé mais c’était intime, sans pression… En configuration BRM, nous n’avons jamais fait plus de 600 km.

ronde aliénor aquitaine

La semaine précédent le départ de la Ronde Aliénor d’Aquitaine

La semaine précédant la randonnée, je suis taciturne. Pas envie de parler ni de m’éparpiller… La pression monte gentiment. Je fais mon tableau de marche, à la mode Chabi (mais en beaucoup moins bien !!). J’essaye de mettre des moyennes réalistes en face les kilomètres. Pour cela, je m’aide d’Openrunner pour tenter d’appréhender le relief et de la feuille de route bien détaillée fournie par les Randonneurs Aquitains.

Une chose est rassurante, nous tombons d’accord avec Chéri sur la manière dont nous souhaitons découper ces 1220 km.

  • Une 1ère salve de 500 pour aller jusqu’au Houga où nous attendent nos sacs, ensuite 320 comprenant le col du Soulor et le terrible pays basque,
  • 250 pour rallier Andernos et
  • enfin les 150 derniers km pour terminer sur le papier le jeudi 12/07 à 10h.

Tout est calé, y’a plus qu’à pédaler.

Départ de la Ronde Aliénor d’Aquitaine

Dimanche, 15h, nous arrivons à St Médard en Jalles. C’est un peu la fête. Nous retrouvons tous les amis. Pourtant, moi qui suis d’habitude si joyeuse et communicative, je n’ai envie que d’une seule chose : qu’on me laisse tranquille. Didier me pousse un peu à aller vers les autres mais je sens qu’à l’intérieur de moi, c’est un peu compliqué. Une ultime sieste à l’ombre d’un arbre, une bonne salade de pâte et nous voilà prêts à partir à l’assaut de ces routes de la nouvelle aquitaine.

ronde aliénor aquitaine

Dans le SAS de départ de la Ronde Aliénor d’Aquitaine,nous retrouvons beaucoup d’amis et de têtes connues. Je me sens enfin dans la Ronde, avec l’envie d’en découdre.

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Comme à notre habitude, nous nous arrangeons pour partir dans le 1er groupe. J’ai toujours peur de ne pas rouler assez vite et de me retrouver seule trop rapidement. Pourtant aujourd’hui, je n’ai rien à craindre. J’ai un chevalier servant attitré. Les 1ers km sur la piste cyclable défilent vite.

L’ambiance est bon enfant. Nous pensions partir avec Alain Collongues mais nous l’avons vu se positionner plutôt à l’arrière du groupe. Je ne suis pas inquiète pour lui, il devrait pouvoir nous rejoindre facilement…

Le pont d’Aquitaine se présente déjà à nous. Il est moins redoutable que je ne le pensais même si je me retrouve à plat ventre sur mon vélo pour pouvoir suivre le reste de la troupe. La 1ère difficulté est passée. Je peux reprendre mon souffle et demander à Chéri de se caler à notre allure de croisière.

Notre groupe cycliste à la Ronde Aliénor d’Aquitaine

ronde aliénor aquitaine

Très vite, notre groupe se forme. Nous retrouvons des gens que nous connaissons plus ou moins. Bertrand Affres avec qui je n’avais encore jamais roulé, Sylvie Laverdure venue faire le 200 chez nous en début de saison, France Nathalie Claverie rencontrée cette année sur un brevet montagnard. Didier mène le train et tout le monde a l’air d’y trouver son compte.

Il fait encore très chaud. Les gourdes se vident vite et nous ne manquons pas de nous arrêter aux 2 points d’eau indiqués par les organisateurs.

ronde aliénor aquitaine

Je suis rapidement obligée de monter la voix. Certains gars ont repéré la régularité de Didier et veulent venir se caler dans sa roue à ma place. Il n’en est pas question Messieurs ! Je pousse en coup de gueule et met tout ce petit monde au pas : « Nous sommes 3 binômes homme/femme. Nous sommes donc habituées à rouler dans les roues de nos co-équipiers. Soit vous respectez la règle et vous restez, soit vous dégagez ! » La messe est dite, plus personne ne vient nous embêter.

Les premiers kilomètres à la Ronde Aliénor d’Aquitaine

Les 167 1ers kilomètres passent finalement vite. Avec la chasse à l’eau, nous avons fait 2 pauses, ce qui nous a permis de ne pas trouver le temps long. Nous arrivons à Vaunac à 3h05 en rêvant d’un coca et d’une bonne soupe. Grosse déconvenue… Il nous faudra taper dans la sacoche car avaler un sandwich à la rillette tout mou au bout de 167 km, personnellement j’ai du mal et à 1€ le malheureux petit verre de coca, on n’y revient pas 2 fois… Je reconnais la bénévole qui pointe mon carton. J’ai malheureusement eu maille à partir avec elle lors de la concentration des Chérubins. Il est évident que le cyclotourisme longue distance est bien loin de ses préoccupations… J’ai le plaisir de croiser Lydie et Vivian. Je suis contente de les voir. Je pensais qu’ils nous auraient distancés plus que cela… La pose s’éternise 40 mn et nous n’avons pas vu arriver Alain. Cela m’inquiète un peu. Didier commence à me préparer mentalement au fait que nous ne le reverrons certainement pas…

« Hey ho les gens, il faut repartir !! » Nous attendons que tout le monde soit prêt mais au fond de moi, je sais que c’est une erreur. Je ne grimpe pas vite, je devrais ne penser qu’à moi et avancer du mieux possible. Didier, lui, pense groupe et cohésion. C’est sa philosophie et c’est tout à son honneur.

Je ne me souviens plus très bien de cette étape si ce n’est qu’aux 1ères bosses, je demande aux autres de filer. Je ne veux pas me sentir le boulet du groupe. Je souhaite pouvoir avancer sereinement avec Chéri. Nous restons donc à 4. Sylvie, Bertrand, Chéri et moi. Je prends des leçons de descente par Bertrand. Il ne monte pas très vite, ce qui me convient bien mais me fait sentir toute petite dans les descentes. Moi qui ai pourtant la réputation de filer dès que la pente s’inverse, je me fais irrémédiablement distancer… Il m’impressionne.

Le petit déjeuner à Chartrier Ferrières se mérite. Cela me fait penser à la montée vers le petit dej du 1000 d’Angers en 2015. Didier me file un petit coup de main et me conseille afin que je me mette un peu plus en danseuse… Et oui, je vous avais prévenu, je suis en phase d’acquisition d’un tutu !! Enfin pas tout à fait mais c’est ce que nous avons retenu de l’histoire !!

07h36 : Chartier Ferrières – km 244 à la Ronde Aliénor d’Aquitaine

L’ambiance est festive. Accueil en plein air avec des petits ranchs où nous est proposé un copieux petit déjeuner. On se croirait au Far West ! Après la version continentale, je teste l’English breakfast ! Un délice ! Oeuf, ventrèche, haricots blancs sauce tomate ! Nous prenons 1h mais il le fallait. C’est marrant comme les groupes sont déjà constitués. Ce sont les mêmes têtes qui repartent lorsque nous arrivons et les mêmes qui arrivent lorsque nous sommes sur le départ. Les écarts se sont faits dans la nuit et nous cheminons maintenant à peu près tous au même rythme.

ronde aliénor aquitaine

La chaleur commence à se faire sentir. La journée va être longue et éprouvante… La route est bien accidentée. Notre petit groupe de 4 chemine bien. Soudain, un stop en bas d’une belle descente et là, le choc. Nous nous trouvons face à face avec le Samu en train d’essayer de réanimer un participant ensanglanté. Je ne m’éternise pas. D’abord parce que je ne peux rien faire et ensuite parce que ce n’est pas la peine de tourner de l’œil. Les secours ont déjà fort à faire comme ça. Nous apprendrons plus tard que l’Espagnol en question a grillé le stop… La sanction a été immédiate. Nous repartons sonnés et l’image du cycliste en sang sur la route me hante pendant un long moment.

Contrôle 3 : les Eyzies – km 295 – 10h40.

C’est un contrôle libre. Le restaurateur du coin en fait son affaire. Tout le monde se pose là pour faire le plein d’eau et de calories. Nous commandons une assiette de pâte mais elle ne passe pas. Je la laisserai à Vivian, arrivé entre temps, de bon cœur. Didier, lui, comme à son habitude, dévore à pleines dents ! C’est un peu le capharnaüm au carrefour. Les vélos sont dans tous les sens au milieu d’une circulation assez dense. Je ne suis pas trop à mon aise et me dépêche de repartir. Nous avons quasiment 1h d’avance sur notre programme. Cela nous permet d’être sereins et de ne pas courir après la montre.

L’étape qui nous conduit au contrôle n°4 n’est pas simple, à l’image de cette RAA d’ailleurs. Les montées succèdent aux descentes. Didier dit que je me débrouille bien. Cela me met du baume au cœur. Il me coache : « remet une dent, enlèves en 2, mets toi en danseuse ». Je l’écoute et essaye de faire ce qu’il me dit. Il a raison le Chéri, me mettre en danseuse me fait du bien et me permet de ne pas être complètement plantée dans les bosses. Lorsque je vois Bertrand se dresser sur les pédales, j’essaye de faire comme lui. Je tiens moins longtemps mais cela me donne un point de repère.

km 355 halte à Montpazier

Il commence à faire vraiment très chaud et la halte à Montpazier, km 335, est plus que bienvenue. Je rêve de melon frais, de pastèque bien juteuse et je n’aurai en retour qu’une assiette de pâte réchauffée au micro-onde… Loin de moi l’idée de critiquer le boulot phénoménal des bénévoles qui se plient en 4 pour faire de leur mieux, c’est juste que les nouilles cartonnées avec du fromage râpé non fondu par-dessus, ça ne passe pas… Je voudrais bien mais je n’y arrive pas.

Les visages commencent à être marqués à Ronde Aliénor d’Aquitaine

Tout le monde chauffe et a besoin de récupérer. Les écarts entre les groupes ne se creusent pas. Je retrouve Lydie, Kim Minh et son vélo couché que je pensais loin devant, tandis que les Acépistes arrivent après nous. Finalement, je n’avance pas si mal ! Cela m’encourage et me rassure. Je suis bien à ma place sur ce 1200. Encore 50 mn d’arrêt. C’est long mais nous n’arrivons pas à réduire la tendance… A table, la principale préoccupation de tous les participants est de savoir comment gérer la longue étape qui nous attend. 95 km nous séparent de Nérac et personne ne se sent de les faire d’une seule traite.

Nous essayons d’avoir des nouvelles d’Alain dont je n’arrive pas à visualiser les temps de passage sur mon téléphone. Grâce à la gentille dame du contrôle, c’est chose faite. Un petit clic sur son ordinateur et elle me donne le renseignement souhaité. C’est vraiment sympa le suivi en ligne, cela permet aux familles et amis restés à la maison de connaitre notre progression, mais aussi à nous, participants, d’avoir des indications sur l’avancée des copains. J’adhère complètement.

C’est tranquillement que nous reprenons la route. La chaleur est écrasante. Je pense aux gens partis à 5h du matin. Ils n’auront pas bénéficié de la douceur de la 1ère nuit. Thierry, mon sauveur sur PBP en 2015, s’est joint à nous.

Villeneuve sur lot

Tout le monde s’est retrouvé à la supérette pour faire le plein d’eau. Nous nous étalons tous sur le trottoir, offrant aux passants un spectacle peu glorieux. Nous achetons de l’eau, des fruits. Il me faut du frais, je commence à me sentir moins bien. Et ce n’est pas la bosse qui s’annonce qui va me permettre de me sentir mieux. Je suis d’un coup moins causante. J’ai envie de calme. La fatigue commence à se faire sentir et nous avons encore 125 km à faire avant de dormir. D’un autre côté, il n’est que 16h et nous sommes toujours en avance sur notre plan de route. Allez Sev, on y va ! Un petit coup de main de Chéri pour monter la jolie bosse et c’est reparti.

En cohésion depuis le départ, les avis divergent de plus en plus dans notre petit groupe de 4. Les besoins des uns ne sont plus nécessairement ceux des autres. Nous nous séparons avec Bertrand et Sylvie un peu avant le contrôle de Nérac. Sylvie n’a plus d’eau et souhaite s’arrêter, moi je veux filer et j’ai finalement besoin de me retrouver en tête à tête avec Chéri. C’est certainement un peu égoïste de ma part mais à cet instant précis, je n’ai plus envie de le partager. C’est sur cette étape également que j’houspille méchamment un gars, plus très lucide qui essaye de s’accrocher à nos roues mais qui ne roule plus droit. Il m’agaçait déjà copieusement lorsqu’il a eu le malheur de faire une queue de poisson à Didier. Il n’en fallait pas moins pour me faire sortir de mes gonds ! « Toi, dégage, je ne veux pas de toi ! Tu ne sais pas rouler et tu es dangereux ! Restes tout seul et fait pas ch… ! » Ça a le mérite d’être clair…

L’arrivée à Nérac est douloureuse

Je ne suis pas bien. J’ai besoin de liquide et l’énième assiette de pâte qui m’est proposée me fait horreur. Il va falloir se ressaisir et vite. Si je ne mange pas, je cours à la catastrophe… Didier me sort un Renutryl. Au moins, cela me fait des calories dans le corps. Je m’allonge un peu dans l’herbe fraiche mais il est déjà l’heure de repartir. Zou, en selle, 70 km et c’est le dodo !

La bosse à la sortie de Nérac est particulièrement indigeste et donne le ton sur ce qui va suivre. J’ai envie de vomir. J’alterne danseuse et position assise et Chéri ne manque pas de me prodiguer ses conseils. Une petite poussette pour finir et nous voilà en haut ! Ouf, il fallait se la farcir celle là.

La nuit tombe et un semblant de douceur revient

Nous faisons l’étape tous les 2. Didier se cale sur mon rythme. La nuit tombe et un semblant de douceur revient. Cela fait du bien. Nous passons par Cazaubon. Les souvenirs de mes années d’aviron refont surface… Un peu avant d’arriver au Houga, nous nous faisons rattraper par 2 gars de Montigny. Ils roulent bien plus vite que nous mais s’arrêtent plus aussi. De ce fait, nous nous voyons souvent. Ils me demandent à quoi je rêve en pensant au contrôle. C’est simple, je rêve de… me laver les dents !!!

Pointage du Houga à 23h58

Ce sera chose faite un peu plus tard. Nous arrivons au pointage du Houga à 23h58 avec 30 mn d’avance sur nos horaires estimés. C’est parfait. Malgré un bon coup de mou sur la fin, nous avons bien géré. Nous retrouvons sur place, Vivian et Alain mais aussi Bertrand et Sylvie. Finalement les écarts sont infimes. Le contrôleur nous indique que nous sommes seulement 50 à être arrivés. Je n’en reviens pas, moi qui ai toujours l’impression d’être la dernière…

Nous récupérons notre drop bag et filons à la douche. J’enfile ma chemise de nuit et me brosse vigoureusement les dents. Dediou que cela fait du bien ! Je mange un fois de plus comme je peux, mais la bonne humeur régnante me donne du peps. Les bénévoles présents sont plus gentils les uns que les autres. Ils sont aux petits soins pour moi. Je suis une vraie princesse… Mon vélo est monté au dortoir par un monsieur fort sympathique.

Il n’y a plus de matelas disponibles mais ce n’est pas grave, nous avions glissé les duvets dans les sacs. Nous nous installons au frais, dehors, sur le balcon. Malheureusement pour moi, Didier s’endort le 1er ! Je suis obligée de déménager car il ronfle comme un sonneur et je n’arrive pas à le faire changer de position. Le réveil est réglé sur 4h.

Le réveil est réglé sur 4h à cette étape de la Ronde Aliénor d’Aquitaine

Les Acépistes se lèvent en même temps que nous. Je m’imagine d’un coup me retrouver au petit déj avec Alain Collongues. Avec une pause aussi longue, il a du nous rattraper. Nous apprendrons malheureusement que son parcours s’est arrêt é la veille au soir à Nerac et cela nous attriste pour lui.

Redescendus en bas, nous avons la surprise de retrouver Daniel et Franck partis lundi matin à 5h. Je savais qu’ils fondraient sur nous mais je n’imaginais pas les voir là ! Du coup, je m’inquiète du temps de passage d’Olivier, Jean-Claude et Richard. Olivier et Richard sont arrivés à Nérac à 1h40, Jean-Claude à 3h. Hop,hop, hop, Chéri, il faut y aller, ils ne sont pas si loin que cela!!!

Il est 5h lorsque nous enjambons nos montures. L’objectif de la journée est de rallier Hendaye distant de 320 km et de gravir ce fameux col du Soulor. Sur le papier, certes, ce n’est pas non plus l’Everest mais aller le chercher au bout de plus de 600 bornes, cela constitue pour moi un bel exploit.

A Soumoulou, nous retrouvons pas mal de têtes connues

Les acépistes, Alain Branca et Vivian Mignot mais aussi Christian Matard et Michel Theret que nous n’avions pas croisés depuis un bon bout de temps. Je goûte également au plaisir d’un bon repas… Il est 9h du matin mais la délicieuse garbure ne se voit pas mourir au fond de mon assiette. Cela me donne des forces pour aller affronter la montagne. Ce point de contrôle est super sympa. Fromage et saucisson à volonté, des bénévoles plein d’énergie et d’ondes positives. Je serai bien restée plus longtemps mais il nous faut avancer. La journée va être longue. Au moment de partir, Vivian interpelle Didier. Il a besoin de ses talents de mécano. Chéri s’exécute avec plaisir et tout le monde peut reprendre la route.

J’essaye de ne pas trop gamberger

Je monte les bosses à mon rythme. Chéri s’échappe parfois un peu devant mais c’est pour mieux me prendre en photo en haut. Nous circulons sur des routes bien agréables. Je suis vraiment heureuse d’être là. A Asson, nous nous arrêtons déposer quelques bagages. Enfin, je devrais plutôt dire JE m’arrête déposer… Didier, lui, tient à garder ses sacoches. Il sait qu’il va monter quoiqu’il arrive et ne ressent pas le besoin de se délester. Les gars sur place sont admiratifs.

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Cette fois-ci, nous y sommes. C’est évidemment le point le plus dur du parcours mais c’est aussi un de mes préférés. Croiser les copains aura été un pur bonheur. J’ai souvent eu les larmes aux yeux d’émotion. Je revois encore Lydie et France Nathalie qui avaient quasiment terminé la descente, le grand coucou d’Urbain, le croisement en haut avec Bertrand et Sylvie… C’était vraiment génial ! La petite route le long de la rivière est majestueuse. Elle présente également l’avantage de nous maintenir au frais. Je laisse un billet de sortie à Didier parti grimper seul avec Vivian. Je suis bien, je mouline gentiment et j’ai confiance…

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Arrivée à Ferrières, je déchante vite

La vision est impressionnante. La véritable montée démarre et je vois les 2 gars de Montigny très au-dessus de moi. Diable, comment vais-je faire pour réussir à monter jusque là ?

Je suis bien heureuse d’avoir mon 33×36. Même avec lui, je me retrouve à plat ventre sur mon vélo. La chose qui me console c’est de voir que les 2-3 autres cyclos présents dans cette portion ne montent guère plus vite que moi. Le ton est donné : le Soulor, ça se mérite ! Je prends mon mal en patience et ne m’énerve pas. Je monte lentement mais je monte… De toute façon, ai-je vraiment le choix ?

J’adore cette ambiance sympathique

Dans les 3 derniers kilomètres, je croise plein de monde. Cela me donne le sourire. Cela me rappelle la Roc Trevezel sur Paris-Brest 2015. J’adore cette ambiance sympathique où tout le monde est heureux de se voir. Je scrute aussi au loin… Je suis impatiente de voir Chéri venir me chercher… J’observe, j’observe mais je ne vois rien venir. Le coquin est parti se désaltérer au café du coin. Il m’attend bien sagement mais moi je suis un peu déçue de ne pas le voir jouer le fidèle supporter. Il est tout pardonné puisqu’il a assuré tout le reste du temps mais quand même sur le coup, petit pincement à mon cœur de midinette…

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Un coca, une barquette de frite avalée lentement, une photo au panneau et nous voilà repartis dans l’autre sens. Me voici bien plus à l’aise. Je salue à mon tour les participants encore dans la montée. Nous croisons Kim Minh à Arbéost puis en bas, nous saluons Richard et Olivier ! Cela me booste ! Ils sont déjà sur nos pas !

Il est quasiment 15h15 lorsque nous pointons à Asson lors de notre 2ème passage ! Nous nous attardons un peu à table. Je mange doucement, j’ai du mal à mâcher. Rien que de voir des pâtes, j’ai le cœur qui se lève… Didier lui dévore, il est hallucinant. A côté de nous, 2 copains sont en train de se séparer. L’un abandonne et l’autre continue. Nous retrouverons d’ailleurs Sylvain dans la grosse bosse qui suit Asson. C’est là également que nous croisons, Jérôme, roulant à vive allure mais dans l’autre sens. « Hey Jérôme, qu’est ce que tu fiches ??? » La seule chose que nous comprenons c’est : « J’ai oublié de pointer ». Etourdi va ! Ce que nous ne savions pas à cet instant précis, c’est que ce n’est pas le tampon d’Asson qui lui manquait mais celui du Soulor !!!

Notre duo s’est maintenant transformé en trio grâce à Sylvain. La route s’aplanit considérablement et nous filons à vive allure vers Sauveterre de Béarn. Nous sommes doublés par Daniel et Franck à l’occasion d’une pause pipi. Je les charrie un peu : « Hey, les gars, on ne double pas une princesse quand elle est à l’arrêt. Ce n’est pas loyal ! »

Nous arrivons à Sauveterre de Béarn – km 727 à 19h30

Il n’y a pas grand monde et les visages sont marqués. Les organismes ont besoin de souffler. Je dormirai bien un peu mais Didier veut repartir… L’objectif du jour était Hendaye, il faut y aller. Pour la 1ère fois depuis le départ, je doute de notre feuille de route. Je suis fatiguée, l’étape suivante est longue et difficile. Nous devrions peut-être dormir 1h ou 2 pour mieux repartir à la fraiche. Didier reste sourd à toutes mes élucubrations. Il a décidé d’aller à Hendaye, nous irons à Hendaye ! C’est la demi-finale de la coupe du Monde. La marseillaise retenti à la télé lorsque nous grimpons sur nos vélos.

J’angoisse… Et si je m’endors… Et si je n’arrive pas à monter… Je tergiverse et Chéri s’agace. Il élève la voix, histoire de me remettre d’équerre. Sylvain se demande un peu ce qu’il se passe mais comprend vite que c’était le seul moyen de me calmer. Nous progressons lentement, le relief du pays basque est particulièrement casse patte. Didier me file un coup de main au gré des bosses. Une petite poussette, un peu de danseuse et le tour est joué. Chéri est tout content de voir que je ne m’en sors pas si mal. « C’est bien ma belle, continue comme ça » Ses encouragements me vont droit au cœur…

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Le paysage est magnifique, le coucher du soleil somptueux. Soudain, en pleine descente, je croise avec joggeur qui me fait signe de ralentir. 1ère réaction : « ça va mon gars, je descends à l’allure que je veux ». 2ème réaction, à la sortie du virage lorsque je tombe nez à nez avec un troupeau de moutons en pleine course : « ok,ok, je vais m’arrêter ! ». Je ne sais pas si c’est la fatigue mais ces moutons nous émeuvent. Nous sommes heureux d’être là et de vivre cela ensemble.

La micro-sieste à la Ronde Aliénor d’Aquitaine

Il fait maintenant bien nuit. Sylvain accuse le coup et a besoin d’une pause pour manger. J’en profite pour tester la micro-sieste, là, comme ça, sur le trottoir comme une sdf. Je m’allonge sur le bitume chaud, les jambes légèrement écartées, les bras en croix et m’endors instantanément. Didier est obligé de me secouer pour me ramener à moi « Qu’est ce que tu fabriques, on te croirait morte ! » « C’est un peu ça le principe, je suis morte 5 mn et cela fait un bien fou ! »

L’arrivée sur Hendaye est compliquée

Nous sommes fatigués, les quelques voitures rencontrées sur la routes sont dangereuses et intolérantes. Nous tournicotons pour trouver le point de contrôle, le fléchage a été enlevé par quelques supporters venus fêter la victoire française en ville. Heureusement que nous avons les GPS. Nous espérons un accueil à la hauteur de nos besoins mais déchantons très vite.

Pas à manger, très peu à boire, plus de matelas et à peine une douche. Waouh, il faut avoir le moral. Je fais les yeux doux au jeune bénévole que je connaissais un peu pour avoir pédalé avec lui l’an passé lors du brevet montagnard de Lourdes pour récupérer le matelas de Myrna qui était, elle, déjà sur le départ.

Nous nous inquiétons du sort réservé aux collègues qui arriveront après nous. Nous ne sommes qu’une petite quarantaine à être passés. Comment vont réagir les copains qui vont se retrouver là plus fatigués, plus affamés que nous… Nous essayons de faire prendre conscience aux bénévoles présents qu’il y a urgence à réagir… Evidemment à 2h du matin, ils ne peuvent pas faire grand-chose pour redresser la tendance… Je suis exténuée. Après une douche, je m’installe sur mon matelas dans le vestiaire en compagnie de Chéri, Franck et Daniel. Notre installation est vraiment sommaire. Les gars dorment à même le sol ou sur un banc. C’est rude ! Heureusement que Didier avait glissé son duvet au fond d’une sacoche. Il doit être 6h lorsque nous revenons vers nos vélos. J’ai faim, il n’y a toujours rien à manger dans ce fichu contrôle. On me propose 1 crêpe et un café. J’en réclame 2. « Ah mais elles sont grandes vous savez » « Mettez-moi en 2 quand même !! » Les types sont complètement à côté de la plaque. Lorsque nous repartons, ils sont encore en train de se demander s’ils ne devraient pas allez acheter du pain…

Nous attaquons la route des crêtes à 6h30

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J’en oublie que ça monte tellement c’est beau. « C’est bien Chérie, quand on sera rentré à la maison, je t’offrirai un tutu. Tu sais maintenant monter danseuse… » Le voilà mon fameux tutu !! Vous m’imaginez sur mon beau Cyfac avec un joli tutu tout rose ?? Moi pas vraiment mais cette idée nous fera rire jusqu’à l’arrivée !!

A St Pierre d’Irube, nous retrouvons nos sacs et enfin de quoi déjeuner correctement ! Nous croisons désormais toujours les mêmes personnes. L’ambiance est familiale. Je suis persuadée que Richard nous a doublés dans la nuit et que nous ne le reverrons pas. Il ne me vient même pas à l’esprit de demander son horaire de passage au contrôle…

Le moral est au beau fixe

Un bon repas, des vêtements propres et nous voilà repartis. Le moral est au beau fixe. La route va devenir plate, je vais me sentir à mon aise. La traversée de Bayonne est compliquée au milieu de la circulation. Tout comme la remontée jusqu’à Hossegor. Les automobilistes n’apprécient pas les vélos par ici… Je ne me sens absolument pas en sécurité.

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En traversant Hossegor, j’aperçois une boutique qui vend des smoothies. Je n’ose pas demander un arrêt. Pourtant je rêve de frais, de melon, de pastèque… Mon rêve deviendra réalité un peu plus loin à Seignosse dans la supérette du camping. La marchande n’a pas du tout comprendre lorsque je me suis mise à pleurer en achetant mon melon tant espéré… Enfin ! Il me fait autant bien à l’estomac qu’au moral celui-là…

Nous roulons maintenant sur la piste cyclable, certes fréquentée par endroit mais je trouve cela bien agréable. Nous sommes en sécurité et les échanges furtifs que nous pouvons avoir avec les passants cassent la monotonie des longues lignes droites.

Mimizan – km 968 à 15h40

Nous parvenons à Mimizan – km 968 à 15h40. Je pose mon vélo et file aux toilettes. Arrivée au gymnase pour pointer, j’ai l’immense joie de me retrouver nez à nez avec Richard. Nous tombons dans les bras l’un de l’autre et je verse une petite larme… Les bénévoles assistants à la scène sont un peu incrédules et nous prenons le temps de leur expliquer le pourquoi du comment autant de bonheur.

Tout à ma joie d’être maintenant accompagnée par 2 princes, j’en oublie mon dégoût pour les pâtes. J’avale mon assiette de coquillettes et mon steak haché en un rien de temps. Je redemande même du rab.

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Richard nous dit vouloir partager un bout de route avec nous maintenant qu’il nous a retrouvés. Nous sommes ravis et c’est donc à 3 que nous repartons de Mimizan.

Il fait toujours aussi chaud

La route n’est pas super agréable et les automobilistes très peu conciliants. Nous papotons tout en avançant. C’est que nous avons des choses à nous raconter depuis le temps que nous ne nous sommes pas vus. Nous tentons également de passer sous les arrosages automatiques pour essayer de se rafraichir un peu. J’attribue un rôle à chacun de mes princes : Didier doit m’abriter (oui, parce que Richard a bien des qualités mais son petit gabarit n’est pas d’un grand secours en matière d’abris !!) et Richard me refaire la route lorsque celle-ci est trop granuleuse. Tout cela reste virtuel, certes mais cela nous permet de bien rire. Il n’y a pas à dire, je suis une vraie princesse !

Les kilomètres défilent très vite et nous arrivons au contrôle libre du Muret sans nous en rendre compte. Le seul restaurant ouvert fait notre affaire. Glaces pour Chéri et moi, sandwich pour Richard. Un petit SMS à Nicole pour l’informer de nos retrouvailles et prendre des nouvelles de ses hommes et nous nous remettons en selle direction Andernos.

Il faut être vigilant sur les pistes cyclables pour éviter les racines mais au moins nous sommes à l’abri des voitures. Le plat finirait presque par être lassant. Le moindre faux plat fait mal aux cuisses… Nous sommes assez à l’aise avec Richard pour lui rendre sa liberté s’il le souhaite. Ce dernier nous dit rouler plus vite avec nous que lorsqu’il était seul. Nous ne le croyons pas un seul instant…

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Une petite bosse, Didier me propose de me mettre en tutu. Devant l’incompréhension de notre coéquipier, nous lui racontons notre histoire de danseuse et de tutu. Une histoire à nous, un peu biscornue et virtuelle, mais une histoire, une petite réflexion de connivence comme seules les longues distances savent les créer. C’est aussi cela le vélo.

Andernos – km 1067 à 21h45

Nous atteignons Andernos – km 1067 à 21h45. Nous retrouvons de vieilles connaissances attablées au comptoir. Vivian, Sylvain, les 2 gars de Montigny. Tous veulent repartir. Nous optons pour une autre stratégie. Une douche, un bon repas, un petit dodo et nous souhaitons repartir à 2h. Richard nous demande d’être efficaces. Go, go, go, j’attrape mes affaires et file à la douche. Je suis la seule fille : un vrai luxe. J’en profite pour étendre mes affaires de vélo et débarque au contrôle nu-pieds et en… chemise de nuit ! Je fais face aux regards incrédules des autres participants !! Désolée mais si je veux faire sécher mes affaires et par la même occasion la peau de mon fessier, le mieux c’est d’enlever le cuissard !! Mon maxi tee-shirt noir et bleu n’a rien d’aguichant, il a juste le don d’être léger et bien pratique ! Vu comme ça, j’obtiens la validation de Richard.

Je me mets à table alors que Didier part seulement à la douche. Pour la 1ère fois depuis le départ, nous sommes en décalage. J’ai calé mon pas sur celui de Richard plutôt que sur le sien et je vois bien que, sur le coup, cela perturbe nos habitudes. Pardon Chéri. Nous avons prôné l’efficacité, j’essaye donc de faire au mieux. En sortant de la douche, je prends 2 mn pour passer un petit coup de file à mon papa. Jusque-là, nous n’avons échangé que de courts sms. Entendre la voix de mes parents me fait du bien et je pense que cela les rassure aussi sur mon état de forme.

Les bénévoles sur place sont hyper enjoués. L’ambiance est très bonne mais il est parfois un peu compliqué de se faire entendre… Ils en oublient même de tamponner ma carte. J’avale mon repas avec plaisir. Enfin de la soupe ! Le monsieur s’excuse presque que ce soit une brique et non de la fabrication maison. Moi qui espérais ce type de potage depuis fort longtemps, je suis comblée ! J’avale tout ce qui est sur mon passage, une vraie goulue. Avec notre décalage, je pars me coucher alors que Chéri attaque seulement son repas… Nous nous mettons d’accord sur l’heure de réveil et je file m’allonger. Le gars en charge du dortoir veut m’installer dans une pièce à part. « Non merci, c’est bien aimable mais je veux rester avec mes princes ». Je le briefe par la même occasion pour qu’il me ramène Didier sur le matelas d’à côté afin que nous ne soyons pas séparés. Une équipe est une équipe !

L’adrénaline de la fin de la Ronde Aliénor d’Aquitaine

J’ai du m’endormir instantanément car je n’ai pas entendu Chéri arriver… Lorsque je reprends conscience, je ne sais absolument pas l’heure qu’il peut être. J’ai l’impression d’avoir bien dormi et ai envie de repartir. J’ouvre les yeux et aperçois Didier en tailleur sur son tapis de sol. Cette image de lui me renvoie directement en Italie, en 2016, lors du 1001 Miglia lorsqu’il ne voulait plus dormir. Pas besoin d’échanger beaucoup de mot pour se comprendre… Il est 00h30 mais on ne va pas perdre notre temps, autant repartir. L’adrénaline de la fin de parcours fait son effet. Nous nous levons discrètement afin d’aller nous préparer et nous mettons d’accord pour venir réveiller Richard seulement après.

Lorsque je descends du dortoir, j’oublie que les personnes présentes de l’autre côté de la porte ne sont plus les mêmes que lorsque je suis allée me coucher. Nous arrivons, tranquilles, ma chemise de nuit et moi, et tombons nez à nez avec de nouveaux participants un peu hilares de me voir accoutrée de la sorte. Parmi l’assistance se trouve Jérôme… Ah Jérôme, son humour… sa gentillesse… Lui aussi m’a bien sauvé la mise en 2015. Il fait parti de ceux avec qui m’ont épaulée lorsque j’ai débuté. Il me dit avoir peu dormi depuis son départ mais avoir envie de rouler avec nous. De plus, d’après lui, la vue de ma super chemise de nuit l’aurait réveillé. Le taquin, je le reconnais bien là !!

Nous n’avons pas eu le loisir d’aller réveiller Richard. Nous sommes encore en plein petit dej lorsque celui-ci apparaît, frais et dispo, prêt à en découdre avec cette fin d’aventure.

ronde aliénor aquitaine

Il est 1h lorsque nous décollons en direction de Lacanau. Mon dieu que la piste cyclable est monotone… Nous essayons de discuter, de blaguer pour éviter de nous rendormir. Richard donne le rythme, nous le suivons sans sourciller. J’essaye de trouver un rôle à mon 3ème prince… Peut-être celui de tenir l’éventail… Pas facile certes mais bien utile par ces temps chauds ! Nous atteignons le panneau de Lacanau Océan à 2h35. Petite pause photo et Didier nous indique un hôtel à 300m. Il se rappelle y avoir pointé il y a 4 ans avec Francky. Zou, allons-y !

Lacanau Océan à 2h35

Le veilleur de nuit est effectivement fort sympathique. Il tamponne nos cartes et nous offre un café. Nous échangeons ave un couple qui a, à priori, bien fait la fête… Ils ont tout de même l’air moins fatigués que nous ! Nos yeux sont cernés et ne demandent qu’à se fermer. Ce n’est pas la piste cyclable qui arrange nos affaires. Je me rendors inexorablement et commence à réclamer une pause à Didier qui fait la sourde oreille… « Chéri, j’ai sommeil, je ne tiens plus… Je vais tomber, j’ai peur… » Du grand Séverine !

Nous faisons encore quelques kilomètres lorsque s’offre à moi un endroit idéal pour se poser. Ni 1 ni 2, je ne laisse le choix à personne et les averti que je m’arrête là, sur le sable chaud. Je leur dis que je veux mourir 5 mn, comme avant d’arriver à Hendaye. Mes coéquipiers ne se font pas prier et s’allongent aussitôt. Chéri lui est sceptique et veille sur ses troupes plutôt que de fermer les yeux. 20 mn se sont écoulées lorsque je refais surface. « Hey les gars, il faudrait peut-être qu’on y aille ».

Mes princes me donnent des ailes

Cette fois-ci, c’est Jérôme puis Didier qui font le tempo. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ont l’air pressé d’en finir. Je me cale dans les roues et essaye de suivre. Je piaille un peu pour la forme mais au final, je suis fière de ce que nous sommes en train d’accomplir. Je ne me pensais pas capable de rouler aussi bien après tant de kilomètres. Mes princes me donnent des ailes. Je suis tellement heureuse de pouvoir partager cela avec eux…

Nous pensons bien évidemment à Jean-Claude et Olivier pour qui tout à l’air de bien se passer mais aussi aux amis ayant du renoncer… Avec Richard, on se dit qu’on ne reverra malheureusement pas Alain. Il aura certainement sauté dans le 1er train qu’il aura trouvé pour rentrer chez lui. C’était bien mal le connaître mais nous ne le savions pas encore…

Nous pointons à Lesparre à 5h50.

Nous découvrons des tas de vélos posés contre les barrières alors que personne n’est sous la tente. En fait, tout le monde dort. Je reconnais le vélo de Vivian. Finalement notre tactique n’était pas si mauvaise. La piste cyclable a été fatale à tous ceux qui sont repartis d’Andernos sans dormir…

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L’accueil est chaleureux et nous d’humeur festive. C’est le dernier pointage avant l’arrivée. Allez, les garçons, on ne traine pas, on va filer avant que tout le monde se réveille !! Cette randonnée n’est pas une compétition mais l’idée de repartir avant les copains me motive ! Sylvain apparaît encore tout endormi lorsque je finis mon lait. « Vous repartez maintenant ?? » « Ah oui alors !! »

J’avoue, je suis un peu coquine sur le coup et ce n’est pas Didier qui va me contredire. C’est donc à 4 que nous parcourons la dernière étape. Nous la commençons tranquille à admirer les vignes mais Didier lui veut terminer au plus vite. Pour la 1ère fois, il regarde sa montre et se dit que l’on peut faire mieux que ce que nous avions espéré avant de partir. Il s’isole un peu du groupe. Avec Jérôme et Richard, nous nous imaginons déjà en train de lui vider ses grandes sacoches pour les remplir de bouteilles de grand cru… Nous aimerions bien ramener du St Julien, nous en salivons d’avance… Le chéri reste insensible à nos taquineries et ne pense qu’à une chose : pédaler.

A 25 ou 30 km de l’arrivée, il augmente la cadence puis demande à Jérôme de passer devant. Je le suspecte de vouloir pointer avant 9h.

Les 20 derniers kilomètres ne seront que larmes et émotions

Je le connais bien mon chéri, c’est exactement ce qu’il a en tête. Les 20 derniers kilomètres ne seront que larmes et émotions. Didier me met la main dans le dos régulièrement pour que je ne décroche pas des roues, pour me féliciter, pour me toucher aussi. Dès que nous échangeons un regard, nous ne pouvons contenir nos larmes. Nous sommes tellement heureux d’avoir accompli cela ensemble. L’an dernier nous avions fait la diagonale mais l’émotion était différente, plus intime. Aujourd’hui, les sentiments sont décuplés.

La traversée de la ville n’est pas facile. Les voitures, la circulation, tout me fait peur.

Arrivée au gymnase de St Médard en Jalles avant 9h

Nous pénétrons dans l’enceinte du gymnase de St Médard en Jalles avant 9h. Pari réussi, merci mes princes !

La 1ère personne que je vois, un peu en retrait, c’est Alain, resté là, à nous attendre malgré son abandon. Je pose mon vélo à la va-vite et cours vers lui en larmes. Émotionnellement, je ne maîtrise plus rien. S’il y a bien une chose à laquelle je ne m’attendais pas, c’était de le retrouver à l’arrivée. Cette attention me touche profondément. Nous retrouvons également Lydie et France-Nathalie arrivées, elles, la veille au soir. Bravo les filles, sacré perf !

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Lorsque nous validons nos cartons pour la dernière fois, une idée me traverse l’esprit. Maintenant, Jean-Claude va savoir le temps que nous avons mis, cela va le motiver pour arriver plus vite que nous… Les garçons balaient mon idée d’un revers de la main et me disent que l’ami Jean-Claude est bien loin de ces considérations… En êtes-vous si sûrs que cela Messieurs, je le connais un peu mon papa du vélo…

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Tout le monde s’éparpille mais Didier et moi restons à l’entrée du gymnase pour accueillir les copains qui arrivent, avec qui nous avons échangé un bout de route, une tranche de vie à un contrôle. Le côté familial de l’épreuve est vraiment formidable. Nous nous connaissons presque tous de prêt ou de loin. J’adore cette ambiance, cette convivialité.

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Les organisateurs ont également tout prévu pour que cet esprit perdure. Le plateau repas servi à l’arrivée, dehors, contribue aux échanges. Nous refaisons le match ou plutôt la route autour d’un bon verre de vin et d’une énième portion de pâte. Celle-ci me vaut d’ailleurs un bon fou-rire car je la trouve succulente et dit à qui veut l’entendre que ce n’était pas la peine de faire autant de km pour chercher la meilleure assiette de pâte alors qu’elle se trouvait tout bonnement au point de départ !!

Nous nous décidons enfin à aller prendre une douche et dormir un peu lorsque j’entends la voix de Nicole au loin. Déjà ?? Allez Chéri, on y retourne ! Me voilà à nouveau en larmes dans les bras de Nicole. Le plus dur finalement ce n’est pas de pédaler mais de gérer ses émotions ! A peine Sandrine est arrivée qu’elle me raconte son échange matinal avec Jean-Claude. Il aimerait arriver avant 18h pour mettre moins de temps que nous !! Sacré Chabi, je ne m’étais pas trompée !

Partage et émotion lors de la Ronde Aliénor d’Aquitaine

Le temps file vite et nous les attendons à l’entrée du parking ! Ils pointent le bout de leur guidon avant 17h45. J’en pleure encore en écrivant ces quelques lignes. Impossible de contenir quoi que ce soit. Nous sommes tous en larmes au milieu de la route. J’étais venu chercher du partage et de l’émotion, je suis servie ! Je suis tellement heureuse ! Au final, Jean-Claude aura mis 11 mn de moins que nous ! Vous me direz : « et alors ? Ce n’est pas une épreuve de vitesse ! » Nous sommes tout à fait d’accord et ne l’abordons pas ainsi ! Mais nous sommes très fiers, lui et moi, que tout se soit passé aussi bien pour l’un et l’autre…

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Merci à Chéri, princes, participants et RAA

Je ne peux pas terminer ce récit sans remercier mon Chéri de m’avoir permis de vivre une si belle aventure à ses cotés. Cela me donne l’envie d’aller encore plus loin dans sa roue… Affaire à suivre…

Un grand merci également à mes 2 princes d’avoir partagés ces instants avec nous. Grâce à eux le parcours n’en a été que plus beau.

Un merci particulier à tous les participants croisés au fil des kilomètres qui m’ont permis de vivre ces 1200 bornes avec les tripes. Un regard, une parole, un encouragement… j’ai la chance de connaître pas mal de monde dans le milieu et tout ce que j’ai pu partager avec chacun d’entre vous durant ces 84h55 n’a été que pur bonheur. Je n’ai au final connu que très peu de coup de mou, presque aucun doute et surtout peu de douleurs. Le métier commence peut-être à rentrer…

Un grand merci enfin aux Randonneurs Autonomes Aquitains (RAA) de s’être investis dans l’organisation d’une si belle randonnée. La Ronde est à votre image, messieurs : chaleureuse et généreuse… Nous nous reverrons, j’en suis persuadée…

Ce que je retiens avant tout de cette expérience, c’est l’émotion

Presque 4 semaines se sont écoulées depuis le départ et ce que je retiens avant tout de cette expérience, c’est l’émotion… J’ai eu beaucoup de mal à poser des mots sur mon ressenti car tout était enfoui bien profond… Au-delà du vélo, il y a les relations humaines que nous avons pu construire au fil du temps. Vous parlez de cette randonnée revenait à poser mon cœur sur le papier. Cela ne fut pas si facile que cela…

On ne dit jamais assez aux gens qu’on aime qu’on les aime… C’est chose faite… L’amitié vaut de l’or et cela s’est confirmé entre le 08 et 12/07/2018 à la Ronde Aliénor d’Aquitaine…

Toutes les infos sur la Ronde Aliénor d’Aquitaine

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Un commentaire à propos de “La Ronde Aliénor BRM 1200 km, la vie de princesse à vélo”

  1. Leproult dit :

    Bravo Séverine! Un grand plaisir de te lire ainsi ce matin (enfin légèrement humide).
    Voila un excellent compte rendu qui ne peut que donner envie…

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