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Cyclisme «féminin»? Alors, Zlatan joue au foot «masculin»

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Cyclisme «féminin»? Alors, Zlatan joue au foot «masculin»

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Si cyclisme féminin il y a, rugby masculin devrait-il y avoir! Le machisme s’ancre-t-il dans la terminologie de nos expressions avant d’être dans nos têtes?

Cet article a été écrit par Claude Droussent et nous l’en remercions.

Cyclisme féminin ou masculin, c’est toujours du cyclisme!

Du haut d’une longue carrière de journaliste de sport -vingt ans dans le groupe L’Équipe vous laisse en alerte toute une vie- je vais vous livrer trois scoops. Certes rétroactifs. Mais de dimension planétaire! Vous n’êtes donc pas venu(e) ici pour rien.
Scoop numéro 1 : En 1976, Nadia Comaneci a atteint la perfection aux JO de Montréal en obtenant la note optimale de 10 dans ce sport formidable qu’est la «gymnastique féminine»,
Scoop numéro 2 : Marie-José Pérec a remporté trois titres olympiques en 1992 et 1996 dans ce sport fantastique qu’est «l’athlétisme féminin»,
Scoop numéro 3 : En 2004, Laure Manaudou est devenue championne olympique du 400 m nage libre dans ce sport merveilleux qu’est «la natation féminine»!
Ça vous parait bizarre, voire incongru, ce «féminin» de trop, tant la mixité des trois grandes disciplines olympiques est évidence?
Tenez, une quatrième «exclu» au passage, toute fraiche celle-là: les All Blacks viennent de remporter la Coupe du monde de «rugby… masculin». Ben oui, autant aller au bout de cette exaspérante logique de panurgisme médiatique, démultipliée à l’ère des chaînes d’info en continu, qui vaut à certaines athlètes (dont les cyclistes, mais aussi les joueuses de tous les grands sports collectifs) de voir systématiquement accoler le terme «féminin» à leur sport. Sans que personne ne songe à ajouter «masculin» lorsque celui-ci est pratiqué par des hommes. Zlatan, CR7, Eden Hazard, joueurs de «football masculin», l’idée est drôle pourtant? C’est quoi le problème, l’évidence du taux de testostérone?
Et si le machisme de notre culture sportive latine se nichait d’abord là, dans cette terminologie à deux vitesses, bien avant la comparaison des expositions médiatiques qui font toujours débat?
La gym, l’athlé et la natation seraient donc naturellement mixtes, pas le vélo ni le foot… J’écris bien «latine» (pour la culture) car vous n’en trouverez nulle trace dans le traitement anglo-saxon de l’information sportive, dont on ferait parfois bien de s’inspirer. Le Comité international olympique ne montre-t-il pas la (bonne) voie en usant dans toutes les langues des traductions de «hommes» et «femmes» pour qualifier les épreuves, d’une seule et même discipline?
Le cyclisme vu à travers nos médias, lui, pousse le vice plus loin que d’autres. Quand Pauline Ferrand-Prévot est championne du monde sur route, elle l’est de «cyclisme féminin». Quand elle sort de route, elle l’est de «VTT» ou de «cyclo-cross», tout courts. Curieux, non?
 

@claudedroussent Ancien rédacteur en chef de Vélo Magazine, fondateur du Vélo d’Or et de L’Étape du Tour, auteur (livres, documentaires) et conseil en marketing éditorial sport, autour des problématiques «vélo» notamment.

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Commentaires (3)

  • Laura

    Laura

    En y réfléchissant bien, ce n’est pas si « curieux ». Le cyclisme féminin et le cyclisme masculin sur route sont pratiqués séparément (tout comme le football et le rugby), lors de courses distinctes (même au niveau régional). Alors qu’en VTT, cyclo-cross, gymnastique, athlétisme, natation, les compétitions masculines et féminines sont réunies beaucoup plus souvent.
    Le regroupement des compétitions me semble un bon début pour que les uns s’intéressent aux autres et inversement. Par effet boule de neige, les médias vont se mettre à parler de tout le monde.
    Les médias ne parlent que de ce que les gens ont envie d’entendre. C’est par la passion des gens que la communication du sport féminin va se développer, pas uniquement en forçant les journalistes à en parler.

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    Un cas intéressant. Quand je parle du cyclocross, pour les hommes, j’utilise couramment les différentes dénominations de catégories (élites, espoirs, juniors), et pour les femmes souvent uniquement le dénominatif dames, vu que celle-ci regroupe toutes ces catégories. La seule fois où j’ai utilisé hommes élites et dames élites, c’est lors des championnats d’Europe, vu qu’il y avait une catégorie dames U23.

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      Rebecca, la Curieuse

      Merci pour votre commentaire bullomaniak. Comme quoi, nous avons encore à faire pour changer nos pratiques de langages;) À bientôt sur Ellesfontduvélo!

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