mujeres en bici

Sur la route des papillons Monarques à vélo au Mexique, j’ai décidé que je serais la petite reine de la route, la badass du Texas et toujours au féminin, brandissant le poing et m’écriant « Mujeres en bici ! »

Quand j’ai commencé à planifier mon voyage sur la Véloroute des Monarques; partir seule en tant que femme me donnait la trouille. Parce que t’sais, une femme si ça peut le faire, ça ne veut pas dire que le monde va être gentil avec elle.

Moi, si j’étais un homme… je ferais du vélo en paix !

Alors tout le temps des préparatifs, un peu honteusement, je me demandais si je n’allais pas me couper les cheveux, me bander les seins, m’acheter une alliance… Je ne sais pas. Peu importe. Tout, mais pas ça (je pensais bien évidemment au viol, harcèlement de rue, techniques de drague relou, et autres commentaires vaseux de la part des hommes, mais aussi le transfert de peur de la part des femmes).

Puis finalement, je n’ai rien fait. Je n’avais pas envie d’être quelqu’un d’autre juste par peur. Les peurs sont faites pour être affrontées non ?

Alors je suis partie seule, habillée en moi, en femme. J’ai roulé 10 jours avec mes soeurs, puis elles sont rentrées. Moi, j’ai continué seule.

Très vite, je me suis sentie très femme.

Pas que je sois particulièrement féminine avec mes shorts de sport, mon bronzage qui s’arrête aux épaules et mes aisselles non épilées (genre, c’est mon souci en voyage…). Je ne me suis pas sentie femme non plus par rapport au défi qui se présentait à moi car je savais très bien que j’allais pouvoir les pédaler tous ces kilomètres. Non, je me suis sentie femme dans le regard des autres.

Dans le regard des hommes qui scrutent mon physique de femme qui voyage seule, et qu’ils imaginent à la fois libertine et célibataire (idée reçue). Dans le regard des femmes qui ont peur pour moi, et qui m’admirent aussi.

Je suis une femme à vélo, alors j’intrigue. Et si j’étais juste femme ou à vélo, est-ce que je me ferais moins remarquer ? Serais-je plus tranquille ?

En tous cas, j’ai essayé d’être transparente. Je vous jure, tellement transparente que je ne me voyais plus. Mais le regard des autres ne changeait jamais. J’étais une femme. Puis j’ai remplacé mes shorts par des pantalons. C’était mieux comme ça.

Mujeres en Bici: droits des femmes via le vélo

Cependant au Mexique, j’ai rencontré le mouvement Mujeres en Bici (les femmes à vélo). Ce mouvement national fait la promotion des droits de la femme par le biais du vélo.

Et parmi leurs évènements, ils organisent des Rodada de Altura : des sorties vélos où les femmes viennent faire du vélo en talons hauts. Et j’ai eu une chance incroyable car non seulement une rodada de altura avait lieu durant mon séjour dans la ville de Querétaro, en plus elle était organisée pour souligner la journée internationale de la femme, et surtout, j’y suis allée avec la personne qui a initié le projet Mujeres en Bici.

Pour la première fois depuis le début de mon voyage, je ne me sentais pas femme à vélo. Je vous jure qu’entre les mini-jupes et talons, je devais être la moins féminine de tout le groupe. Portant la couronne de fleurs offerte par l’association comme je porterai une casquette: avec négligence. Et je trouvais ça dommage.

Ce jour-là, au milieu de toutes ces femmes fières d’être femmes à vélo, qui se battaient pour leurs droits, j’ai soudainement été très fière de moi et de mon sexe. D’être une femme qui voyage à vélo. Je n’avais plus envie de me cacher. Au contraire, j’avais envie de le crier haut et fort – ce que j’ai fait, d’ailleurs, car je suis allée me présenter au micro.

Le regard des autres n’avait plus d’importance !

Mais bon c’était facile, ce jour-là, j’étais devenue une star auprès de tous les cyclistes présents et qui faisaient la queue pour prendre un selfie avec moi.

Et si j’étais une femme… je serais une petite reine !

Ce jour-là, j’ai accroché à mon guidon la couronne de fleurs reçue lors de l’évènement. À chaque fois que j’aurai un doute, que j’aurai peur des autres, je n’aurai qu’à regarder mon vélo droit dans les fleurs pour me rappeler cette journée d’allégresse. Pour me rappeler ce que ce voyage signifie aussi, aux yeux des autres, ceux qui ne savent qu’une femme peut voyager à vélo, ceux qui croient qu’une femme est une proie …

Mais heureusement, depuis ce jour-là, j’avance la tête haute, j’annonce fièrement mon projet, et je sais me faire confiance pour refuser une situation qui ne me plait pas. Je ne suis plus gênée quand on m’offre quelque chose parce que je suis une femme et que l’univers entier pense devoir en venir en aide. Tant mieux pour moi, le reste, c’est leur choix.

Et chaque jour, j’épate encore plus de monde, détruisant des idées reçues. Comme la fois où j’ai surpris un ingénieur mécanique en redressant mon plateau avant tordu tandis qu’il me disait que ce serait impossible. Comme les fois où les gens que je rencontre me disent qu’ils n’ont plus d’excuses pour ne pas prendre leur vélo après m’avoir rencontré.

Alors moi, puisque je suis une femme, je voyage à vélo en toute liberté, et j’ai décidé que je serais la petite reine de la route, la badass du Texas (c’est le surnom qu’ils me donnent), et toujours au féminin, brandissant le poing et m’écriant « Mujeres en bici ! »


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