Elise Delzenne

Elise Delzenne arrête la compétition cycliste et se se lance dans une nouvelle carrière auprès de Btwin.  Elle est ingénieure textile. 

Quiconque connaît les cyclistes du Nord de la France sait combien le climat façonne les qualités physiques de ses coureurs : solides, persévérants et constants. Ce n’est pas pour rien, non plus, qu’on y trouve parmi les épreuves les plus dures du printemps cycliste. Les meilleurs cyclistes du monde, femmes et hommes, connaissent ces routes. C’est sur les épreuves belges qu’Elise Delzenne a fait ses premières armes ; c’est sur ces courses qu’elle a construit sa réputation.

Le vélo, du plaisir avant tout

Elise Delzenne grandit à Nomain, à quelques kilomètres du secteur pavés n°13 du récent « Paris-Roubaix 2017 ». Le vélo lui vient naturellement, il fait partie de la tradition familiale. En famille, enfant, elle participe aux rassemblements cyclotouristes. Elle garde le souvenir de sa participation à la semaine fédérale organisée par la FFCT à Rennes. A 11 ans, elle réalise le parcours de 100 kilomètres. Dans la description qu’elle en fait, il n’y a ni fierté ni exploit  « je n’ai aucun souvenir de souffrance. Mes parents ne m’ont jamais forcé à faire du vélo, on roulait en famille ». Cette façon de faire du vélo, pour le plaisir, sans rien n’avoir à gagner éclaire certainement le déroulement de sa carrière.

Elise Delzenne, ses débuts en compétition

Elle débute la compétition pour suivre son frère. Elle montre, d’emblée, d’excellentes dispositions. Les victoires s’enchaînent jusqu’au titre de championne de France juniors sur route en 2007, à 18 ans.  On sent une jeune femme déterminée, combative. Cependant, l’esprit FFCT est toujours présent, ce n’est pas la victoire en elle-même qui l’intéresse mais les efforts qu’il faut faire pour aller au bout.

De la piste aux études

Elise Delzenne reste lucide. Elle sait compter les tours. Cela lui vient sûrement de la piste où elle brille régulièrement : plusieurs titres de championne de France, des  podiums européens. Elle est consciente des limites d’une carrière de sportive de haut niveau. Il faut préparer la suite. Championne de France juniors sur route, Bac S en poche, elle décide de se consacrer à ses études. Elle obtient un diplôme d’ingénieur, découvre la vie active.

Faire des études pour pouvoir être maître de sa carrière sportive

Elise Delzenne pense qu’il est important pour une femme de stabiliser sa vie professionnelle plutôt que de se lancer, sans garde fou dans la carrière sportive. C’est un conseil qu’elle donne : « Actuellement, être une cycliste pour une femme, c’est difficile de bien gagner sa vie, de pouvoir en vivre. On est peu de Françaises dans ce cas.  On peut être blessé, on peut être malade, dans ce cas-là, c’est important d’avoir une voie de secours. Sans étude, le jour où on arrête le vélo, que fait-on ? ». C’est pour cette raison qu’on sent que l’arrêt de sa carrière de cycliste professionnelle n’est pas une fin mais une étape de sa vie, une transition. La complémentarité de son expérience de cycliste et de ses études d’ingénieurs est un atout pour la marque Btwin qui lui propose un emploi.

Une carrière internationale pour Elise Delzenne

Depuis sa reprise de la compétition en 2012, après 4 ans d’arrêt, Elise ne cesse de franchir les étapes. En 2 ans, en juin 2013, elle accède au titre de championne de France sur route. Son retour, elle l’attribue à sa participation aux courses en Belgique, à quelques kilomètres de chez elle. Les courses femmes sont nombreuses, les pelotons fournis. Elle aime l’état d’esprit de ces courses vives, où ça bataille, ça attaque, ça bouge. C’est d’ailleurs en Belgique que l’équipe « Spécialized- Lululémon » remarque sa combativité et l’intègre dans son effectif (2014). Ce n’est pas son titre de championne de France qui lui ouvre ces portes mais plutôt sa façon de courir, attaquante, mordante.

Franchir la marche du haut niveau

Bien souvent, on voit qu’il est difficile de franchir la marche de l’international. Il faut courir souvent et ne pas avoir peur de la confrontation. « On a de la chance dans le Nord, on habite près de la Belgique, le niveau belge est assez relevé, c’est un avantage de pouvoir courir tous les week-ends avec des femmes ». C’est le début de sa carrière internationale, d’abord dans cette équipe américaine et puis au sein de la « Lotto-Soudal  Ladies» (2017).  Elle obtient de nombreuses victoires dans les courses de niveau UCI : la Dwars door de Westhoek et  dernière étape de la Gracia Orlova en République tchèque  (2015), la 1ere etape et le classement général du Trophée d’Or (2016) la dernière étape de la Elsy Jacobs au Luxembourg (2017).

La précarité du métier de cycliste femme

Avant son engagement au sein d’équipes UCI top niveau, Elise Delzenne a vécu différentes situations. Elle nous parle de la précarité du « métier » de cycliste femme « toutes les filles ne sont pas payées au sein d’une équipe. Bien entendu, les déplacements sont pris en charge ainsi que l’hébergement ». Vivre une carrière de cycliste est réellement un sacrifice. Cela implique des heures d’entrainement, des déplacements longs (et parfois coûteux), la difficulté d’avoir une vie de famille, un métier à exercer, une récupération

Les JO 2016, une déception pour Elise Delzenne

Dans ses propos, dans les silences, dans les non-dits, on sent qu’Elise est affectée par le fait qu’elle n’ait pas été sélectionnée aux Jeux Olympiques 2016 à Rio. « Les valeurs que j’avais du sport n’ont pas été respectées et j’ai été vraiment déçue. J’ai mis beaucoup de temps à tourner la page et à digérer cette non-sélection.  J’avais envie de tout arrêter ». Tout sportif est capable de comprendre les règles de sélection en se référant aux critères. Mais les explications données n’ont pas aidé Elise à comprendre les raisons de cette décision. Elle pense que c’est « une injustice » Il y a sûrement matière à réflexion. Non seulement, il appartient au sélectionneur de préciser les critères mais aussi de s’assurer qu’ils soient compris par tous et acceptés.

« Abandonner c’est mourir »

Pour Elise Delzenne, la passion est plus forte que la reconnaissance  « Ce n’était pas une manière d’arrêter. Je voulais arrêter en étant contente, en prenant plaisir sur le vélo et pas sur une déception ». Le feu en elle est intact « on a des sensations quand on participe à des compétitions de haut niveau qu’on n’a pas autre part. J’ai pleuré souvent sur mon vélo mais il y a toujours ce sentiment d’euphorie, c’est un peu magique ». Pourtant, le fil s’est distendu.  « J’ai un peu moins de motivation qu’avant, un peu un ras le bol ». Il n’y a pas de rancœur dans les propos, simplement le constat que la passion est ternie par des préoccupations qui sortent de la logique sportive.

« Demain, je vous annonce ma nouvelle équipe »

A ce moment là, les choix de carrière vont s’avérer juste : une reconversion satisfaisante n’est possible que si le sportif a continué à étudier. Le monde de l’entreprise a tout à gagner de l’expérience des sportifs : « Btwin m’a fait une belle offre et il fallait la saisir. Je trouve très bien qu’il veuille me recruter, c’était une chance ».

Le choix d’arrêter est complètement assumé. Elle en parle avec lucidité : « Quelques personnes pensent que je gâche ma vie… Pour moi, c’était une sacrée expérience, c’était incroyable.  Je pense que je vais m’épanouir dans mon travail».

Sereine et épanouie, Elise Delzenne stoppe sa carrière à la fin de cette saison, après les championnats d’Europe sur piste qui se dérouleront le week-end du 14 et 15 octobre 2017.

Crédit photo principale gauche: Thomas Maheux


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